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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/604

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-duc de Darmstadt, l’allié fidèle de Napoléon et l’un des meilleurs princes de l’Allemagne d’alors, ami des philosophes et des artistes, sincère partisan des chartes constitutionnelles, aussi libéral et ouvert que Paul de Russie était despotique et soupçonneux. Il eût donné à Dorothée de Wurtemberg moins de grandeur peut-être, mais moins de douleurs et de regrets. C’est peut-être à son bonheur qu’on la força de renoncer. Après cinquante ans de mariage, Louis Ier célébra avec sa femme Louise en 1827 ses noces d’or, tandis que la vie tout entière de son ancienne fiancée fut assombrie par l’horrible catastrophe de 1801.

Il est curieux de voir les trois princes de Prusse, Frédéric II, Henri et Ferdinand, donner tour à tour l’assaut aux dernières hésitations de leurs parentes de Wurtemberg. Henri vante surtout les qualités du futur et s’en porte garant. « Je vous engage ma parole d’honneur, écrit-il à la duchesse, que votre fille ne pourra épouser un homme plus aimable et plus honnête que l’est le grand-duc, et qu’elle ne trouvera pas de belle-mère plus tendre et plus respectable que l’impératrice. » Ferdinand invoque les intérêts de la patrie, ou plutôt de l’état prussien : « Vous êtes dans le cas d’affermir la liaison étroite qui subsiste entre les deux cours. Vous avez l’avantage de rendre le service le plus essentiel au pays qui vous a donné l’existence ; vous pouvez empêcher des effusions de sang. » Mais il ne néglige pas de faire parler les intérêts privés et de faire agir, tout à fait à la mode prussienne, l’intimidation en même temps que les promesses. « En cas de refus, s’écrie-t-il, songez vous-même quel serait le sort de vos deux fils qui servent le roi ; on s’en prendrait à eux, on leur causerait mille déboires ; au lieu qu’appuyée sur le titre de belle-mère du grand-duc vous pourrez solliciter pour eux des postes plus élevés, vous pourrez implorer l’assistance de votre gendre, et vous êtes sûre d’obtenir pour eux des rangs, des charges et des titres qu’ils auraient à peine après dix ans de service. » — « L’impératrice, reprend Henri, m’a promis qu’elle aurait soin de doter et de marier vos deux filles cadettes. » Le roi de Prusse était plus net que ses frères, plus cynique, si l’on veut, dans les questions d’argent. « L’impératrice, écrivait-il brutalement à la duchesse, vous donnera 60 000 roubles pour votre voyage, et cela donnera lieu à de bonnes pensions dont vous, votre mari et vos enfans ont le plus grand besoin… De pareilles occasions ne se présentent pas tous les jours ; il faut les saisir par les cheveux lorsqu’elles se rencontrent… Votre triste situation m’est connue, et ce mariage me fournira bien des moyens pour vous mettre un peu plus à votre aise. » La princesse de Wurtemberg avouait ingénument à Frédéric II que « les 40 000 roubles étaient un vrai restaurant pour des finances aussi exténuées que les nôtres. » Elle mariait sa