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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/591

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« Je me coifferais, répondit-elle, de toutes les façons qui pourraient plaire à l’impératrice. » — « Quand il entendit ma réponse, ajoutent les Mémoires, il fit une pirouette à gauche, s’en alla d’un autre côté, et ne s’adressa plus à moi. » Ce fut heureux pour Catherine. On crut un moment que, suivant l’expression de Lestocq, elle n’avait plus qu’à faire ses paquets ; mais l’espèce de disgrâce qui frappa sa mère ne l’atteignit point.

Bestouchef avait trouvé moyen vers cette époque de jouer un assez mauvais tour à la reine-mère : c’était d’inviter le frère de celle-ci, Auguste de Holstein, à venir à la cour. La princesse était au désespoir de cette perfide attention. Ce frère était en effet un de ces garçons qu’une famille aime peu à produire au dehors. Il était, nous dit Catherine, disgracieux d’extérieur, fort brutal et de peu d’esprit. Le rusé chancelier voulait l’opposer à Brümmer, et s’en servir pour supplanter celui-ci dans la confiance du grand-duc. Jeanne-Élisabeth s’était emportée jusqu’à écrire au prince Auguste qu’il ferait mieux de prendre du service en Hollande « et de se faire tuer avec honneur que de se joindre aux ennemis de sa sœur en Russie. » Bestouchef, clairement désigné par cette expression, n’avait pas manqué de saisir la lettre et d’en faire part à l’impératrice. Il obtint d’Élisabeth un ordre « par lequel elle daignait prescrire que la correspondance de la princesse d’Anhalt serait toujours ouverte en secret, et que, si à la lecture on y trouvait des choses qui ne fussent point convenables, on eût à retenir les lettres. » Le cabinet noir dut révéler plus d’un mystère compromettant pour la bonne entente de l’impératrice et de sa parente.

Élisabeth avait patienté jusqu’au mariage de Catherine, afin de pouvoir renvoyer sa mère honorablement. Vers la fin de septembre 1745, la princesse d’Anhalt prit congé de la tsarine après lui avoir demandé pardon à genoux des mécontentemens qu’elle avait pu lui causer. Elle partit comblée de présens ; ses adieux à sa fille devaient être les derniers. Élisabeth tira en cette occasion de l’intrigante princesse une vengeance raffinée. Elle la chargea d’une mission de confiance pour Frédéric II, mais le but de cette mission était peu fait pour flatter l’ambassadrice : elle devait exprimer au roi de Prusse le vif désir qu’on avait à la cour de voir rappeler Mardefeld. Ainsi c’était la princesse d’Anhalt elle-même qui devait provoquer la disgrâce du ministre auquel elle devait l’élévation de sa fille ! Et le motif de cette disgrâce, — elle ne pouvait l’ignorer, — c’est que Mardefeld avait trempé dans ses machinations contre Bestouchef. On remettait entre ses mains le châtiment de son complice ; c’était la punir vraiment par où elle avait péché.

Elle revint à Zerbst, où pendant son absence était morte la plus jeune de ses filles, une enfant de trois ans. Elle continua sa corres-