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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/59

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cap Sigée, fut fouillé, il y a quelques années, par M. Frank Calvert, des Dardanelles, et totalement ruiné par lui ; M. Calvert n’y a rien trouvé, on n’a même pas pu reconnaître si c’était bien un tertre funéraire. Son frère, M. Frédéric Calvert, a fouillé le tumulus de Ren-Kieui, 8 kilomètres à l’est du tombeau d’Ajax et non loin du rivage de l’Hellespont, sans plus de succès. Nous avons parlé des trois tertres qui dominent les hauteurs derrière Bounar-Bachi, et dont l’un fut qualifié de tombeau d’Hector par les partisans du système de Le Chevalier. M. John Lubbock, le célèbre anthropologiste, l’a fouillé en 1872 ; il a poussé l’excavation jusqu’au rocher. Il n’a trouvé ni cave funéraire, ni ossemens ; on n’a rencontré que des tessons peints d’époque hellénique dont les plus anciens ne remontent pas au-delà du iiie siècle avant Jésus-Christ. Ce tombeau d’Hector est donc postérieur à Alexandre le Grand. Il existe à 1 kilomètre de la rive gauche du Scamandre (ancien lit), derrière Hissarlik et Chiblak, un grand tumulus connu sous le nom de Pacha-Tépé. Démétrius de Scepsis et Strabon avec lui y avaient vu le tombeau d’Æsyétès dont il est parlé dans l’Iliade. D’après ce poème, il était situé entre Troie et la mer ; les érudits modernes n’avaient donc pas eu de peine à accepter la même idée. Mme Schliemann a fouillé le tumulus en 1873 au moyen d’un large puits creusé au sommet. Elle a rencontré le rocher à 4 mètres 1/2 de profondeur avec des tessons d’époque très ancienne et antérieurs aux vases helléniques les plus archaïques, mais rien n’a indiqué que ce fût un tombeau. Déjà l’architecte Morey avait cru reconnaître dans les tumuli de Bounar-Bachi et dans le fameux tombeau d’Hector des restes de « tours de moulin, comme on en voit sur la plupart des points élevés de la Grèce ; » mais dans les temps primitifs on ne connaissait pas l’usage des machines à vent, et le blé se moulait d’une façon plus élémentaire. Pacha-Tépé n’était ni un tombeau ni une « tour à moulin. » Les tombeaux fouillés dans la plaine de Troie et les tertres considérés comme des tombeaux n’ont donc pas apporté beaucoup de documens nouveaux ; ces excavations ont seulement ébranlé la thèse de Démétrius et de Le Chevalier. Venons-en aux fouilles exécutées dans ces derniers temps sur les sites habités autrefois ou signalés par les savans.

MM. Clarke et Barker-Webb avaient en 1844 indiqué Chiblak comme l’emplacement possible de Troie ; cependant ils n’en avaient pas remué le sol. M. Schliemann l’a excavé, et n’y a trouvé aucune trace du séjour de l’homme à quelque époque que ce fût. Chiblak est par le fait mis entièrement hors de cause. Il en est de même d’Atchi-Kieui, village à une demi-heure de Bounar-Bachi vers le nord. M. Ulrichs en avait fait grand bruit dans le Rheinische Museum ; les fouilles de M. Schliemann ont fait voir qu’il n’y a là rien