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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/574

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affaires étrangères, et douze membres fondateurs, parmi lesquels il faut citer MM. Bestouchef-Rioumine, historien et professeur, Bogdanovitch, l’auteur de la Guerre patriotique de 1812, Bytchkof, directeur de la bibliothèque impériale, le conseiller privé Hamburger, qui occupe une position si importante aux affaires étrangères, le procureur du sénat Polovtsof, le baron Korf, le prince Viazemski, le baron Jomini. Depuis cette époque, la société s’est adjoint d’actifs collaborateurs comme feu l’académicien Pékarski, MM. Grote, Zlobine, Popof, Polénof, à qui on doit les deux volumes relatifs à la fameuse Commission législative de Catherine II, et le professeur Hermann de l’université de Marburg, bien connu pour son histoire allemande de l’empire russe. Ayant à sa tête, à titre de président honoraire, le grand-duc héritier Alexandre, comptant parmi ses membres le chancelier de l’empire, disposant à la fois de la science, de l’influence et de l’argent, cette société est appelée évidemment à rendre d’importans services à la science. Les archives de l’état lui ont ouvert une partie de leurs trésors ; les familles illustres qui ont joué un rôle dans le passé national, les Volkonski, les Repnine, les Panine, les Budberg, lui ont communiqué de précieux papiers ; elle a organisé des missions auprès de plusieurs dépôts d’archives en Angleterre, en Allemagne et même en France. Aussi a-t-elle, en moins de six ans, édité treize volumes de documens inédits sur le XVIIIe siècle et le XIXe siècle russe. Le règne de Catherine II occupe la première place dans ces publications.

Dans ses Réflexions sur le projet d’une histoire de Russie, la grande impératrice elle-même écrivait : « Je n’aime ni les statues, ni les histoires de souverains vivans ; c’est l’affaire de la postérité. » Elle refusait la statue que sa ville de Pétersbourg voulait lui dresser sur la place du Sénat ; mais elle chargeait Falconnet d’y élever celle du fondateur de la capitale nouvelle. Elle détournait les contemporains d’écrire sur les princes vivans ; mais elle s’occupait de réunir les lettres du « premier empereur » et encourageait Golikof à écrire son Histoire de Pierre le Grand. La postérité, à laquelle elle remettait le soin de sa gloire, a doublement répondu à son appel. La Russie contemporaine élève à sa tsarine une statue de bronze et prépare les matériaux de son histoire. Aujourd’hui dans un vaste square compris entre la bibliothèque impériale, le palais Anitchkof et le théâtre Alexandre, la face tournée vers la perspective Nevski, s’élève une Catherine II colossale ; elle est l’œuvre d’un artiste russe déjà célèbre par son groupe de Novgorod, M. Mikiéchine. Autour de l’impératrice, comme on l’avait déjà fait à Berlin pour la statue équestre de Frédéric II, il a rassemblé les grands hommes qui ont à divers titres illustré le règne.

Catherine est debout, en long manteau royal, le diadème au front,