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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/568

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rempart contre les dissolutions toxiques auxquelles on s’est tant efforcé de le soumettre. L’insuccès des traitemens par des insecticides en dissolution doit, selon toute apparence, être attribué à cette cause. Ce ne sont pas en effet les poisons qui manquent : on n’a eu que l’embarras de les choisir, et quelques-uns, comme l’arsenic, le polysulfure de calcium, l’acide phénique, ont une énergie incontestée. Tous ont réussi dans les essais en petit par submersion totale de l’insecte dans le liquide ; tous se sont montrés insuffisans dans les essais en grand et en plein champ, alors même que les doses de liquide d’arrosage étaient copieuses et susceptibles d’atteindre tout le cube de terre occupé par les racines des ceps. Sous ces traitemens, beaucoup d’insectes périssent sans doute, mais l’air en soustrait un grand nombre au contact mortel du poison. C’est là l’obstacle mécanique contre lequel tant d’efforts se sont brisés.

Un tel obstacle n’existe pas pour des vapeurs ou des émanations gazeuses. Celles-ci peuvent par voie de diffusion vicier l’atmosphère dans laquelle l’insecte est plongé. Or les substances volatiles toxiques sont très nombreuses ; quelques-unes, comme l’ammoniaque, l’hydrogène sulfuré, peuvent se dégager sous le sol, soit qu’on les y verse en nature, soit qu’on les y produise par voie de réactions chimiques. Seulement le problème ainsi circonscrit présente encore de nombreuses difficultés ; il faut arriver à tuer l’insecte sans compromettre la vie de la plante : question complexe dans laquelle entrent la nature des substances, leur dégagement plus ou moins rapide dans un temps donné, la susceptibilité du sujet traité, l’époque de l’année où se fait l’opération, l’état physique du terrain occupé par les racines. Pour le sulfure de carbone par exemple, on a vu les résultats les plus différens se produire sous ces diverses circonstances. Délétères en été pour les pampres de la vigne, les vapeurs n’ont pas affecté les sarmens dépouillés et arrivés à leur repos en hiver ; les doses de sulfure de carbone encore peu déterminées ne sauraient l’être que par de nombreux tâtonnemens ; les terrains compactes n’ont pu se laisser pénétrer au même degré que les terrains perméables ; bref, pour ce poison comme pour tout autre, l’efficacité tient moins à la substance elle-même qu’aux conditions de l’emploi. Ma conviction néanmoins, dans l’état de nos connaissances, c’est que les gaz et les vapeurs sont plus propres que les liquides à nous rapprocher de la solution du problème, c’est-à-dire de la destruction de l’insecte, condition préalable de la guérison des vignes.

Est-ce à dire que la suppression totale de cet ennemi soit nécessaire pour que la vigne vive et prospère ? Ne peut-on pas concevoir la force végétative et productive de l’arbuste activée de telle sorte