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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/565

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identique ? Évidemment non. L’oïdium de la vigne par exemple respecte presque entièrement certaines variétés de raisins, en particulier l’alicante ou grenache, tandis qu’il en frappe d’autres, comme la catignane, avec une intensité remarquable ; il affecte bien plus les raisins de treille que ceux des souches basses, les ceps placés près des arbres que ceux placés en plein vent ; mais cela rentre dans la grande question des conditions biologiques variables agissant sur le même être, qui n’en est pas moins nuisible parce qu’il nuit avec une intensité diverse. Toutes ces variations dans l’intensité de l’oïdium ne nous empêchent pas de recourir au traitement tout externe que l’expérience a suggéré, à savoir l’application de fleurs de soufre. Sans doute aussi la constitution de certains sujets, la diversité de composition de leur séve, expliquent comment les variétés ou races d’une même espèce ou comment des espèces voisines du même genre naturel se comportent diversement sous l’action d’un même parasite. Tels pieds de pêchers seront infestés de pucerons tandis que d’autres tout à côté n’en auront pas un ; parmi les vignes elles-mêmes, le scuppemong ou vitis rotundifolia échappe absolument au phylloxera ; le concord, le clinton, bien d’autres variétés américaines, l’ont sur leurs racines ou leurs feuilles sans que leur vigueur en soit notablement altérée ; à côté de ces variétés dites réfractaires ou résistantes, d’autres se montrent délicates (le delaware par exemple), tandis que nos variétés européennes en sont mortellement affectées, même en Amérique. Les causes de cette immunité des unes, de cette faiblesse des autres, sont complexes, difficiles à saisir ; mais il faut les chercher en dehors de la théorie qui verrait dans un affaiblissement préalable des vignes la raison de la présence du phylloxera.

C’est en général parmi les esprits chimériques que se recrutent les partisans de la théorie du phylloxera effet. La plupart, au lieu d’observer d’abord et de raisonner ensuite, abusent du raisonnement a priori, veulent pénétrer d’emblée jusqu’aux causes lointaines des phénomènes, établissent des relations imaginaires entre des maladies qui n’ont rien de commun, confondent l’oïdium et le phylloxéra par exemple, et prétendent guérir l’un et l’autre du même coup en traitant le cep malade. Cette disposition intellectuelle dérive surtout de l’ancienne éducation scolastique, dont l’influence se prolonge encore à travers notre science moderne : c’est le cauchemar des causes occultes obscurcissant de ses fantômes la raison qui cherche la lumière et qui, sans perdre de vue les causes lointaines, veut d’abord trouver un appui sur le terrain des faits immédiatement accessibles à l’observation. On me pardonnerait volontiers ces réflexions pessimistes, si l’on savait combien cette question du phylloxéra a fait surgir depuis six ans de conceptions saugrenues, de