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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/482

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Quel que doive être le succès de l’hypothèse que M. Ravaisson a faite sienne par l’intéressant effort d’une démonstration complète, nous croyons qu’il faut approuver de pareilles tentatives. Un conservateur des antiques au musée du Louvre, dans un temps comme le nôtre, où l’archéologie et la critique ont fait de si notables progrès, a le devoir de réviser les attributions de ses prédécesseurs, et ne pourra sans doute que trouver assez souvent à redire à celles qui ont été proposées par les premiers d’entre eux. Il n’est point mal d’autre part que, tout à côté des salles où les grandes œuvres originales demeurent intactes et à l’abri de restaurations plus ou moins légitimes, il y ait d’autres salles où, par des comparaisons ingénieuses, tout ce qui les concerne soit discuté. À de telles conditions les musées deviennent de vraies écoles de science esthétique. L’arrivée au Louvre de la Vénus de Falerone, sœur ou aïeule de la Vénus de Milo, et de ses compagnes, variantes du même type, n’est pas, disions-nous, la seule innovation digne de remarque dans ce vaste musée, dont les vicissitudes sont, à plusieurs égards, celles mêmes de notre vie intellectuelle et morale. Après avoir visité l’exposition des Vénus comparées, si l’on se dirige vers les salles de la sculpture grecque et romaine, on remarquera un nombre considérable de morceaux nouveaux tirés des magasins du musée ou récemment acquis. Au nombre de ces derniers, dans la salle du Tibre, il y a une tête de Faune riant, supérieure sans nul doute, pour la vivacité de l’expression, au célèbre Faune d’Arles. Un arrangement heureux a eu pour résultat de mettre plus en vue les chefs-d’œuvre en reléguant aux endroits mal éclairés les objets de moindre valeur. — Nous ne passerons pas sous silence une autre nouveauté qui peut devenir, nous l’espérons, le commencement d’une réforme de nature à transfigurer quelques-uns de nos musées. On remarquera sur un certain nombre de piédestaux, dans les salles que nous venons de désigner, au lieu des anciennes indications, si laconiques, des étiquettes donnant aux spectateurs, sur chaque objet, ce qu’il leur importe de savoir. Cette mesure, dont l’exécution paraît commencée avec résolution depuis plusieurs mois au musée des antiques, mettra sous les yeux du public le plus commode des catalogues. Qui de nous n’a gémi devant notre salle des bronzes, devant nos riches galeries de vases grecs, en voyant tant de richesses amoncelées sans aucun ordre apparent ni facilement saisissable ?

Ce n’est pas que de très louables efforts n’aient été plus d’une fois tentés dans cette direction ; le travail des catalogues a suivi autant qu’il l’a pu celui de la science, et il y a, pour les bronzes en particulier, un livret de M. de Longpérier contenant les plus précieuses indications ; les catalogues de M. Frœhner, quoi qu’on puisse dire, sont aussi fort utiles. Nous voudrions davantage cependant ; nous souhaiterions des étiquettes apposées aux objets mêmes, et les interprétant aux yeux et à l’esprit soit