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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/452

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perdre leur temps aux calculateurs, et qui embarrasse la postérité jusqu’au jour où on prend le parti définitif de les rejeter. Aussi a-t-on compris que l’observation du prochain passage de Vénus, pour avoir quelque valeur en présence des progrès déjà réalisés dans la connaissance des élémens du système solaire, exigeait une préparation spéciale. On a profité du passage de Mercure qui a eu lieu le 4 novembre 1868 pour se faire la main. On s’est attaché à étudier le phénomène du ligament noir, ce pont qui, à un certain moment, semble relier le disque obscur de la planète au bord du soleil. Quelques astronomes l’ont distinctement vu en 1868, d’autres affirment qu’ils ont vu tout simplement le contact géométrique. MM. Wolf et André ont eu alors l’idée ingénieuse de reproduire artificiellement les conditions d’un passage. Voici l’expérience qu’ils ont imaginée à cet effet. On découpe dans un écran opaque un trou circulaire derrière lequel on place une source de lumière très vive : c’est le soleil. Un petit disque noirci se meut devant cette ouverture, entraîné par un chariot avec une vitesse convenablement réglée. Cette mire à passages étant installée dans la salle de la bibliothèque au Luxembourg, M. Wolf notait les contacts à l’Observatoire, où étaient disposées les lunettes ; les instans des contacts étaient enregistrés par un chronographe électrique aussi bien que les positions réelles du disque mobile figurant Vénus. On a pu constater ainsi que la formation de la goutte noire est un phénomène essentiellement accidentel qui dépend de certains défauts de la lunette, qu’il est possible de corriger, et que l’instant du contact réel peut alors être saisi avec une précision presque géométrique. Néanmoins il y a toujours une différence constante entre les momens des contacts estimés par deux observateurs, différence qui tient à des causes physiologiques.

C’est pour échapper aux erreurs inhérentes à la constitution de l’organe de la vue qu’on se propose de faire concourir largement la photographie à l’observation du passage de 1874. La plupart des expéditions emporteront dans leur bagage des appareils spéciaux qu’on appelle héliographes, qui serviront à obtenir de nombreuses épreuves photographiques de l’image solaire pendant toute la durée du phénomène. M. Faye a fait remarquer à ce propos qu’un photographe convenablement placé (par exemple sur la côte ouest de la Nouvelle-Hollande, au nord de la baie des Chiens-Marins, qui aura le soleil au zénith) pourrait à lui seul déterminer par une série de clichés la distance de la terre au soleil. En effet, la parallaxe modifie sensiblement les circonstances du passage théorique, calculé pour un observateur placé au centre du globe terrestre, et il en résulte que des observations très précises obtenues dans une seule station