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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/436

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cettes et des dépenses, par un état au vrai, à 93 200 000 livres, et les dépenses de 1716 dépassent les recettes de 54 millions. Law propose son système, la banque royale est fondée ; elle émet 3 milliards de billets, et de cette somme il ne reste en 1720 que des papiers sans valeur. Le régent n’évite que par une liquidation frauduleuse la banqueroute officielle, et sous Louis XV le gouffre du déficit se creuse de nouveau. En 1759, sur un revenu de 312 millions, l’exercice de l’année courante se solde par un passif de 217 millions, non compris 100 millions mangés à l’avance. L’abbé Terray, que Mirabeau appelle un monstre, arrive aux affaires en 1709 ; il fait revivre les expédiens les plus désastreux du passé, et supprime d’un trait de plume 21 millions de rentes. Louis XVI essaie en vain l’œuvre de réparation. Turgot et Necker y échouent l’un après l’autre, et le drame révolutionnaire commence au mois de mars 1788. À cette date, le contrôleur-général Lambert publia, par ordre du premier ministre, le tableau de la situation financière. Ce tableau donnait un déficit total de 160 700 000 livres ; ce déficit était égal, moins 11 millions, à la moitié des recettes, et ne laissait disponible que 171 millions. Le parlement s’empara de ce triste bilan pour se venger des enregistremens forcés que Louis XVI lui avait imposés dans un lit de justice. Le 11 avril 1788, il présenta des remontrances sévères. « La volonté seule du roi, disait-il, n’est pas une loi complète ; la simple expression de cette volonté n’est pas une forme nationale, il faut que cette volonté, pour être obligatoire, soit publiée légalement, il faut, pour qu’elle soit publiée légalement, qu’elle ait été librement vérifiée. » Or, comme l’emprunt n’avait pas été vérifié, le parlement le déclarait illégal, en ajoutant que son intention n’était pas que « la confiance des prêteurs fût trompée,… et qu’il leur restait une ressource dans l’assemblée des états-généraux. » Le roi répondit le 17 en affirmant son pouvoir absolu, et le 29 du même mois le parlement recommençait ses attaques.

Les ministres avaient fait procéder à un recensement général dans le dessein d’augmenter le second vingtième proportionnellement à l’accroissement de la fortune des contribuables. Le parlement prétendait au contraire que cet impôt était un impôt fixe. « La proportion progressive, disait-il, est un principe désavoué par la loi, la justice et la saine politique, car, s’il en était ainsi, le fisc entrerait en compte et se mettrait en partage des fruits progressifs de l’industrie de chacun, et le roi deviendrait copropriétaire des biens de ses sujets. L’impôt d’ailleurs ne doit exister que pour le besoin. Or le vingtième est un impôt de guerre qui doit disparaître avec la guerre, ou servir par l’amortissement à liquider les dettes