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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/429

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les recettes étaient descendues de 39 millions à 17, que les dépenses officielles s’élevaient à 21 millions, sans compter celles qui étaient tenues secrètes, que les abus réprimés par Sully avaient repris leur cours, et que la situation exigeait de prompts remèdes ; mais ces remèdes, ce n’était ni Marie de Médicis, ni le maréchal d’Ancre, ni de Luynes, qui pouvaient les trouver. Dix ans plus tard, en 1624, l’état, comme le dit Colbert, était encore dans la même nécessité. La dette exigible se montait à 52 millions ; les dépenses excédaient les recettes de 10 millions, et les troupes depuis trente-trois mois n’avaient point reçu de solde.

Richelieu, qui venait d’entrer au conseil, ne pouvait songer dans de pareilles conditions à poursuivre l’accomplissement de ses desseins politiques ; il avait besoin de beaucoup d’argent, et, lorsque le titre de premier ministre l’eut rendu maître du royaume, il le rançonna sans pitié. Les tailles, qui étaient de 18 millions en 1618, s’élevaient en 1640 à 44 millions, les autres impôts à 36 millions, soit 80 millions pour le budget des recettes ordinaires. Sur cette somme, 47 millions étant absorbés par l’intérêt des rentes et les gages des offices, il ne restait que 33 millions disponibles pour les dépenses courantes ; mais ces dépenses dépassaient 89 millions, ce qui donnait pour l’exercice d’une année 59 millions de déficit, c’est-à-dire près des deux tiers du revenu total, sans compter trois années dont le produit était dépensé à l’avance par suite des aliénations.

Telle était la triste situation où l’un de nos plus grands hommes d’état avait réduit le trésor public. Le royaume, pacifié par la terreur, glorieux et ruiné, avait payé cher les succès de sa politique étrangère. À l’avénement de Louis XIV, un aventurier des Abruzzes dont les caprices de la fortune avaient fait un prince de l’église, le président du conseil de régence et peut-être aussi l’amant de la reine, devait lui faire payer plus cher encore le triomphe du système d’expansion et de prépondérance que Henri IV, plus sage que ceux qui devaient accomplir son œuvre, avait inauguré en lui donnant pour base la restauration des finances.

Doué au plus haut degré de l’instinct politique qui est particulier aux races italiennes, et pratiquant l’art de réussir à tout prix, Mazarin porta aux affaires l’habileté de Richelieu et l’immoralité de Catherine de Médicis. Jaloux de la grandeur du royaume, mais non moins jaloux de sa propre fortune, il fit tout plier devant son égoïsme et la raison d’état. Son ministère ne fut qu’une longue série d’exactions, de concussions, d’actes frauduleux. Comme il lui fallait des complices plutôt que des agens, l’un de ses premiers actes fut d’appeler au contrôle des finances un banqueroutier italien qu’il déguisa sous le nom du sieur d’Émery en gentilhomme