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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/428

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réduction sur les intérêts subrepticement servis aux porteurs de rentes. Un grand nombre de priviléges d’exemption furent révoqués. Les tailles, qui portaient presque entièrement sur les campagnes, au grand détriment de l’agriculture, furent également réparties entre les paroisses rurales et les villes, diminuées partout et rendues moins vexatoires par l’abolition de la contrainte par corps et la défense de saisir les bestiaux et les instrumens aratoires. L’administration royale dégagea et perçut les impôts aliénés aux étrangers. Les encouragemens donnés à l’agriculture et à l’industrie, les traités de commerce, répandirent l’aisance parmi les classes laborieuses, et cette aisance augmenta les revenus de l’état par l’accroissement des impôts de circulation et de consommation.

Grâce à ces sages mesures, l’équilibre du budget fut non-seulement rétabli, mais les recettes excédèrent les dépenses, et dans les dernières années du règne la situation financière se résumait ainsi : la taille avait été diminuée de 6 millions ; les intérêts de la dette et les gages des offices étaient tombés de 16 millions à 6 ; les recettes s’élevaient à 39 millions, qui laissaient, après défalcation des intérêts et des gages, 33 millions disponibles pour les dépenses ordinaires au lieu de 9, comme en 1596 ; 100 millions avaient été remboursés sur la dette exigible, 100 millions avaient été appliqués à l’extinction des rentes perpétuelles, 36 millions avaient servi à racheter ou à dégager le domaine, 43 millions en espèces ou en bonnes créances étaient mis à l’épargne. Ces résultats avaient été obtenus en moins de quatorze ans ; mais les réformes accomplies par Henri IV tenaient exclusivement à sa personne, il ne laissait après lui aucune institution politique qui pût les sauvegarder, et sa mort fut le signal d’une nouvelle anarchie financière, car dans ce royaume, condamné par sa constitution même à de perpétuelles rechutes, le bien ne survivait pas à ceux qui l’avaient fait.

Sully, malgré le changement de règne, était resté aux affaires ; il fit la remise de 3 millions sur les tailles, diminua les gabelles d’un quart et supprima d’un trait de plume quarante-cinq édits bursaux ; mais sa probité, son économie, son esprit d’ordre, réunirent contre lui dans une haine commune toutes les ambitions et toutes les corruptions, la reine-mère, Concini, d’Épernon, les princes et les courtisans. Abreuvé de dégoûts et circonvenu par de basses intrigues, il ne tarda pas à résigner sa charge ; sa retraite laissa le champ libre au désordre, et l’année 1613 était à peine écoulée qu’il ne restait plus un écu des 43 millions qu’il avait mis en réserve. L’année suivante, 14 octobre 1614, les états-généraux furent convoqués à Paris à l’occasion de la majorité de Louis XIII ; ils constatèrent que depuis la mort de Henri IV, c’est-à-dire en quatre ans,