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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/406

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de ce congrès international pour la défense des émigrans en mer, proposé depuis plusieurs années, dont l’Allemagne elle-même a paru prendre l’initiative dès 1870, et que les autres états de l’Europe n’ont pas encore admis. Politiquement c’est là tout ce qu’il y a à faire : régler le courant, le diriger ; quant à empêcher les peuples d’émigrer, cela paraît au-dessus de tout pouvoir humain. La liberté de se mouvoir, de changer même de patrie, n’est-elle pas, parmi toutes les libertés naturelles inhérentes à l’individu, peut-être la plus sacrée, et dans tous les cas une des plus impérieuses ? Des questions, des influences de races s’y mêlent ; les modernes Germains et Anglo-Saxons émigrent par nombreux essaims non moins que leurs ancêtres, et cette émigration est certainement suivie de résultats encore plus heureux que jadis, puisque la guerre n’en est ni le prélude ni l’issue.

À l’autre bout du monde, les races hindoue et chinoise se meuvent également malgré les règlemens sévères qui en Chine défendent de sortir du pays. Il y a dans les états du Pacifique, en Californie, dans la Nevada, l’Orégon, au moins 60 000 Chinois, et il y en aurait bien davantage, si les Américains n’avaient pas toujours fait mauvais accueil aux hommes de race jaune. Et cependant quels meilleurs jardiniers, quels plus habiles cultivateurs ? Doux, polis, vivant de peu, ils acceptent comme salaire la moitié, souvent le quart de ce qu’on donne à l’Américain. C’est en vain jusqu’ici qu’on a essayé de les introduire dans les cultures des états du sud abandonnées par les nègres émancipés, et dans les états du nord pour parer à des grèves trop fréquentes. À Boston, à New-York, nous avons été nous-même spectateur en 1870 de furieux meetings tenus contre les Chinois que les patrons voulaient introduire dans les cordonneries mécaniques du Massachusetts. Les Chinois furent unanimement repoussés par le peuple des deux états. Le « rôti de rats, » dit à ce propos le maire de New-York, n’avait pas le droit d’entrer en concurrence avec le roastbeef. Sous une forme peu littéraire, cela voulait dire que les Chinois vivent de rien, et qu’on ne voulait pas leur permettre de faire baisser le prix de la main-d’œuvre, de venir lutter comme ouvriers avec ceux qui se nourrissent bien. Nous avons vu en 1859 en Californie le même soulèvement se produire et entendu formuler les mêmes griefs contre les Chinois qu’on voulait employer à bas prix dans les fabriques de cigares de San-Francisco.

Jusqu’à présent, parmi les peuples asiatiques, le Celestial, comme on l’appelle en Amérique, est le seul qui ait abordé en masses nombreuses les rivages des États-Unis. Nous ne sachions pas que des essais sérieux aient encore été faits pour introduire dans les cultures de cannes, de riz, de coton des états du sud, les coulies hindous,