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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/405

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mande ou scandinave ! Sans doute les premiers parlent déjà la langue des États-Unis, et beaucoup d’entre eux sont familiers, même avant d’aborder sur ces rivages, avec les lois et les institutions américaines, ce qui fait qu’ils sont si promptement absorbés et assimilés dans la masse de la population ; mais les Allemands et les Scandinaves ne trouvent-ils pas souvent à leur arrivée les mêmes difficultés que nous ? Et cependant quels énergiques settlers, quels courageux pionniers ! Industrieux, calmes, intelligens, une grande partie des immigrans germaniques se fixent dans les districts ruraux de l’ouest et du sud, dont ils développent avec ardeur les ressources agricoles, tandis que les autres, artisans exercés, ouvriers habiles, trouvent dans les grandes villes et dans les centres manufacturiers une occupation des plus lucratives. De bonne grâce, tous se familiarisent bien vite avec la nouvelle langue qu’il leur faut parler, et qui a du reste tant de racines communes avec la leur.

Venus seulement depuis quelques années en nombre un peu considérable, les Scandinaves, à leur tour, ont déjà des établissemens florissans dans les états du nord-ouest. Ils sont ingénieux, économes, sobres, patiens, et la grande république les accueille avec la plus vive sympathie. Dans l’état du Wisconsin, ils ont fondé une colonie des plus florissantes. Pourquoi n’en peut-on dire autant d’aucun groupe français ? Nos compatriotes seraient cependant si bien à leur place dans quelques-uns de ces états, riverains des grands lacs et des grands fleuves, que nous avons jadis les premiers colonisés, et où, comme au Canada, notre langue se parle encore !

IV.

L’émigration européenne a pris depuis quelques années toutes les apparences d’un phénomène social, ethnologique, qui marquera dans l’histoire de notre temps, et qu’aucune loi, aucun règlement de police des gouvernemens intéressés ne pourront désormais arrêter. En vain l’Allemagne s’est émue de ce dépeuplement de ses provinces, qui émigrent par villages entiers, curé et bourgmestre en tête, vers les contrées plus fertiles et plus libres de l’Amérique du Nord. En vain M. de Bismarck essaie d’imposer des entraves de tout genre aux compagnies de chemins de fer, de bateaux à vapeur, qui transportent les émigrans, aux agences qui les dirigent ; le grand-chancelier de la confédération germanique n’y peut rien, et toutes ses doléances, tous ses règlemens, toutes ses vexations, n’enraieront guère un mouvement dont l’essor est désormais irrésistible. Il serait plus sage de fixer avec les États-Unis les bases