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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/388

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plus de 2 émigrans pour autant de fois qu’il mesurait 5 tonnes, soit 5 mètres cubes de jauge, et fixait la quantité d’eau et de vivres à embarquer d’après le chiffre des passagers, qui ne devaient plus être mis à la ration. Puis, comme aucun registre régulier n’avait encore été tenu au sujet de l’immigration, le congrès ordonna en outre que les receveurs des douanes transmettraient chaque trimestre au secrétaire d’état à Washington des tableaux statistiques où se trouveraient indiqués l’âge, le sexe, la nationalité, la profession des immigrans amenés par chaque navire. Cette loi, sur le premier point, était insuffisante, car rien n’y était prévu pour l’espace réel qu’on réservait aux passagers dans l’entrepont, où souvent deux rangées de cabines étaient dressées sur une hauteur de 5 pieds à peine. L’espace que le fret n’avait pas pris, on le louait à un agent d’émigration : les voyageurs venaient après les marchandises et n’étaient pas mieux traités qu’auparavant. Ils étaient entassés comme un troupeau dans un air corrompu, humide, qui ne tardait pas à devenir miasmatique et à engendrer parmi eux des maladies épidémiques, comme le scorbut, le typhus, la petite vérole ; c’était bien pis quand le choléra se déclarait à bord. Rien non plus n’était prévu dans la loi fédérale de 1819 pour la défense et la protection à terre des immigrans, qui, une fois débarqués, étaient le jouet de misérables organisés en bandes redoutées. Ceux-ci abusaient traîtreusement de leur ignorance et de leur crédulité, les volaient, les pillaient et les conduisaient à de prétendus hôtels et agences de transport où on les rançonnait de nouveau de la façon la plus scandaleuse. Malades ou infirmes, les immigrans ne trouvaient pas un appui plus efficace, et ils étaient indignement traités dans les prétendus asiles et hôpitaux libres destinés à les recevoir, et où on les laissait manquer de soins et de remèdes et mourir de faim dans une repoussante saleté.

Un état de choses si navrant ne pouvait durer ; l’opinion publique commençait à s’en inquiéter et de nouveau demandait que l’on vînt au secours des immigrans. En 1847, l’état de New-York provoqua une minutieuse enquête qui mit à jour tous les mauvais traitemens, toutes les honteuses vexations dont les passagers de mer étaient victimes, et infligea le blâme le plus sévère à ceux qui en étaient coupables. On forma un conseil de six commissaires chargés de la réception et de la défense des émigrans et qui prit le titre de Board of commissioners of emigration. Ils furent nommés par le gouverneur de l’état sur l’avis et l’approbation du sénat, et on leur adjoignit d’office le maire de New-York, celui de Brooklyn, le président de la société d’émigration irlandaise et celui de la société germanique, ce qui portait à dix le nombre total des membres du conseil. Celui-ci se divisa d’ailleurs en huit comités, ayant chacun des attributions