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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/382

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L’IMMIGRATION


AUX ÉTATS-UNIS

SOUVENIRS ET NOTES DE VOYAGE.


Quand on quitte l’Europe sur l’un de ces grands steamers qui partent de France ou d’Angleterre pour les États-Unis, on salue vers le septième jour les bancs de Terre-Neuve, où sont ancrés au milieu des brumes les bateaux qui pêchent la morue. On incline un peu vers le sud le cap, maintenu jusqu’alors à l’ouest, et l’on ne tarde pas à rencontrer les hardis pilotes qui viennent se faire hisser à bord, en plein océan, à 200 lieues du rivage américain. Bientôt, vers le dixième jour, on reconnaît un banc de sable, Sandy-Hook, qui est comme l’avant-garde de la terre-ferme, on longe une île verte et boisée, Staten-Island, qui rappelle aux Anglais l’île de Wight, on traverse un bras de mer resserré, les Narrows ou les Étroits, défendu à droite et à gauche par un fort, et l’on entre dans la baie de New-York, une des plus belles du monde, car elle peut soutenir la comparaison avec les baies tant vantées de Rio-Janeiro, San-Francisco ou Naples, et reçoit à elle seule plus de navires que toutes ces eaux réunies. Constantinople, avec sa Corne-d’Or, offre seule un coup d’œil plus magique ; mais la palme reste encore à New-York pour le nombre et le mouvement des navires, pour la densité de la population et pour l’heureuse situation topographique de cette ville commerciale, à peine connue il y a un siècle et aujourd’hui reine incontestée des deux Amériques. Elle est sur la nouvelle route de Paris à Shanghaï, et c’est le premier port du globe après Londres et Liverpool. Quatre villes, qui pour le voyageur n’en font en réalité qu’une seule, New-York, Brooklyn, Jersey-City, Hoboken, contenant ensemble près de 2 millions d’habitans, se mirent dans la baie, et un magnifique fleuve y amène ses eaux, l’Hudson, presque aussi large et profond que la baie elle-même, et navigable jusqu’à Al-