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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/312

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sarculo agros. Les révolutions passent sur leur tête sans les toucher, et il faut qu’ils soient bien maltraités par l’impôt pour se révolter. Quant à savoir s’ils vivent sous le régime du mikado ou du taïcoun, sous les daïmios ou sous des préfets, que leur importe ? Ils envoient à Yokohama leurs soies et leurs cartons, qui se vendent fort cher, et l’on peut dire qu’à ceux-là du moins l’introduction des étrangers a donné la prospérité. Cependant le gouvernement, dans une intention protectioniste, interdit l’exportation de certaines qualités de soie, ou mesure la quantité qui sera dirigée sur Yokohama. Ce système, difficile comme exécution, — car il faut renoncer à s’arrêter dans la voie des restrictions, — ne donne pas les résultats qu’on espère. Tandis que le paysan japonais, incapable de grands efforts, mais patient et laborieux, recommence la vie de ses pères de génération en génération, le gouvernement, obéi dans les provinces, nomme des fonctionnaires locaux, pris parmi les anciens keraïs (officiers). Leur administration est paternelle, et sans force armée, par le prestige seul de l’investiture, ils font marcher une bourgade. Aussi faut-il rendre justice au caractère éminemment pacifique des administrés.

Le gouvernement ne saurait trop faciliter le développement des campagnes. Elles sont si belles, ces vallées, si pleines de beaux pâturages, qui avec quelques amendemens deviendraient excellens ! Qu’on y répande à profusion des bœufs, des vaches, des moutons, des chèvres ; voilà ce qui est urgent. Qu’une réglementation éclairée vienne au plus tôt arrêter le déboisement, soumettre les forêts à des coupes réglées, et enfin donner au pays ce qui lui manque le plus, des routes ! Des routes dans tous les sens, non des routes stratégiques, mais des routes commerciales, — de grandes routes, des routes moyennes, bien entretenues, bien dirigées, tout l’avenir est là.

Au moment où l’extrême Orient attire plus que jamais l’attention de l’Europe, il n’est pas sans intérêt pour la France de connaître plus à fond les mœurs, les coutumes, les institutions d’un peuple qui tend de jour en jour à se mêler à l’activité commerciale de l’Occident, et montre une sympathie particulière pour notre pays en lui empruntant ses institutions civiles et militaires. Nous serions heureux, si, grâce à la confiance dont le gouvernement japonais veut bien nous honorer, nous pouvions, en faisant mieux connaître ces deux peuples l’un à l’autre, augmenter chez tous les deux le désir de nouer des relations de plus en plus étroites.

George Bousquet.