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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/270

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au hasard, voulant appeler au secours, mais complétement muette et comme folle. Je vis devant moi une porte ouverte, je m’élançai, j’entrai dans une chambre où un homme d’un certain âge et d’une figure douce tenait un journal qu’il ne lisait plus, car le bruit sourd de cette lutte avait attiré son attention, et il avait les yeux vers moi.

« Je me jetai à ses pieds, et, entourant ses genoux de mes deux bras, je réussis à lui dire : — Sauvez moi ! — Alors je ne sais plus ce qui se passa, j’étais évanouie.

« Quand je revins à moi, je me vis sur un fauteuil, un jeune homme me faisait respirer une odeur forte ; l’homme plus âgé, qui me soutenait dans ses bras, lui disait : — Elle est moins glacée, elle se ranime.

« Cet homme, c’était sir Richard Brudnel, ce médecin était le sien. Quand j’eus recouvré mes sens, ils me quittèrent, laissant une femme de service auprès de moi, me disant de ne rien craindre de personne, et m’engageant à prendre quelque repos.

« J’étais brisée, mais la peur de voir revenir mon père me tint éveillée toute la nuit, pendant que la garde-malade sommeillait. Il ne revint pas. Je ne l’ai jamais revu. Je sais qu’il est mort de la fièvre jaune en Amérique, il n’y a pas longtemps, ne laissant aucune fortune ; tant mieux ; je n’en eusse rien voulu !

« Le médecin vint prendre de mes nouvelles plusieurs fois, me disant toujours que j’étais en sûreté et qu’il ne fallait plus trembler. Dans la matinée, sir Richard me fit savoir qu’il désirait me parler, si j’étais visible. Je me levai, je réparai le désordre où j’étais et je le reçus. Il fit sortir la garde-malade et me dit : — Mademoiselle, êtes-vous véritablement la fille de M. Perez ?

« — Hélas ! oui.

« — Est-il vrai que vous ayez eu une petite aventure à Pampelune ?

« — Ce n’est que trop vrai ! — Je lui racontai tout, et il vit que je ne mentais pas.

« — Comptiez-vous épouser ce jeune officier ?

« — Pouvez-vous en douter, monsieur ?

— Alors vous êtes sûre qu’il n’avait pas l’intention de vous tromper ?

« — Oh ! très sûre.

« — Et vous l’aimez ?

« — Je l’aime.

« — Écrivez-lui de venir vous trouver ici. Dites-lui que votre père lui pardonne et qu’il veut vous marier tout de suite ; ajoutez que c’est à la condition qu’il vous épousera sans aucune espèce de dot. Telle est la volonté de M. Perez.