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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/262

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— Soyez tranquille, j’y veillerai. Serez-vous longtemps absent ?

— Huit jours au plus. Ma sœur est avec sa famille, elle ne réclame pas mes soins, et nous sommes unis par les devoirs du sang beaucoup plus que par la conformité des idées. Si elle me mande auprès d’elle, c’est pour me confier quelque volonté testamentaire que je n’aurai point à discuter.

Il alla faire ses adieux à sa femme et ne voulut pas qu’elle l’accompagnât au lieu d’embarquement ; il lui eût fallu revenir seule ou avec moi.

J’y conduisis sir Richard en lui faisant toutes mes recommandations médicales, et puis, comme je le voyais dans un jour d’expansion, que nous avions une demi-heure d’avance sur le départ, je me rappelai ce dont ma mère m’avait chargé, je lui demandai s’il se souvenait d’elle. Dès que je lui eus dit le nom d’Adèle Moessart, il pâlit, mais il répondit sans hésitation : — Mlle Adèle ! la fille de l’honnête régisseur, oh ! très bien, une digne personne, parfaite, on peut dire. Présentez-lui mon respect ; dites-lui que je n’ai rien oublié du château de Mauville, et que je vous aime doublement, vous sachant son fils. Pourquoi donc ne m’avez-vous pas dit cela plus tôt ?

— Ma mère m’avait dit que le souvenir de ce château vous serait peut-être pénible. Je suis médecin avant tout.

— On peut me rappeler ces choses pénibles. Est-ce que vous les connaissez ?

— Oh ! rien absolument ; j’ignore tout ce qui peut vous concerner.

— Je vous l’apprendrai peut-être quelque jour ; maintenant il faut se quitter. Ayez bien soin d’Hélène !

La dernière pression de sa main semblait me dire : — Vous m’aimez, mon bonheur doit vous être sacré. — Je n’avais pas besoin de cette recommandation. Mme Hélène ne troublait ni mon cœur ni mon imagination. Habitué désormais à vivre près d’elle comme auprès d’une chose précieuse enfermée dans une vitrine et de nul usage pour moi, je redoutais seulement qu’elle me priât de promener ses chiens, fonction journalière que son mari accomplissait religieusement.

III.

Je trouvai en rentrant à la villa une lettre de ma sœur qui m’inquiéta d’abord. Elle m’écrivait si rarement que je crus ma mère malade. Je fus vite rassuré. Voici ce que Jeanne m’écrivait :

« Je veux cette fois te donner de nos nouvelles moi-même. Maman va très bien. C’est de moi que j’ai à te parler. Je n’ignore pas combien tu aimes M. Vianne et combien tu serais content de l’avoir pour