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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/207

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puis plusieurs années, depuis Sadowa, il y avait eu entre la France et l’Autriche un rapprochement qui s’était manifesté dès 1867 par une entrevue de l’empereur Napoléon III et de l’empereur François-Joseph à Salzbourg, qui s’était prolongé en conversations, en pourparlers plusieurs fois renoués pour arriver à une entente. On cherchait une combinaison destinée à établir des rapports d’intimité, des habitudes d’intelligence diplomatique dans les questions générales, et par une singularité où se révèle la politique impériale du temps, ces négociations, sur la demande de Napoléon III, s’étaient poursuivies en dehors et à l’insu de l’ambassadeur de France à Vienne, M. le duc de Gramont lui-même, qui ne les connaissait qu’à son entrée au ministère des affaires étrangères, au mois de juin 1870. De ces pourparlers interrompus depuis la fin de 1869, il ne restait qu’un engagement : les deux cabinets ne devaient songer à entrer en arrangement avec une troisième puissance qu’après s’être entendus l’un avec l’autre. L’Autriche était liée dans cette mesure, elle n’était point évidemment engagée à suivre la politique française dans toutes ses entreprises, surtout lorsque la politique française ne prenait conseil que d’elle-même. Aussi l’Autriche, surprise comme le reste de l’Europe par l’éclat de la candidature Hohenzollern et par la déclaration du 6 juillet, se tenait-elle dans une certaine réserve. Bien loin de pousser à la guerre, elle en était troublée ; elle écrivait à Paris qu’on était « en train de s’engager dans une bien grosse affaire. » Au moment de la renonciation du prince de Hohenzollern, elle se désolait de voir qu’on ne s’en tenait pas à ce qu’elle considérait comme un succès pour la France, comme un échec pour M. de Bismarck. « Ce sont des enfans ! » s’écriait dans sa familiarité M. de Beust. Sans désavouer ses liens intimes avec la France, l’Autriche s’efforçait d’en préciser le caractère et la portée. Jusque-là il n’y a point trace d’une alliance plus active, ou du moins, si vers le 11 juillet on en disait un mot, c’était « académiquement, » selon l’expression du chargé d’affaires de France, et sans insister pour le moment.

Ce qu’on n’avait pas fait jusqu’au 15 juillet, le faisait-on après la déclaration de guerre ? En d’autres termes, dans les dernières semaines de juillet et les premiers jours d’août, y avait-il un vrai traité d’alliance offensive et défensive réglant l’intervention armée de l’Autriche et de l’Italie ? Les défenseurs de l’empire le disent. M. le duc de Gramont laisse croire qu’un traité a existé en effet, que ce traité a disparu dans nos premiers revers et dans la catastrophe du 4 septembre [1] ; il a même cité comme un indice suffisamment

  1. M. le duc de Gramont, dans l’enquête parlementaire, a paru d’abord ne point