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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/198

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1866, le maréchal Niel, déployait dans cette œuvre autant de sagacité que d’ardeur. Éclairé par la guerre de Bohême, il se préoccupait de tout, de la garde mobile aussi bien que de l’armement de l’infanterie française par le fusil Chassepot, du rôle des chemins de fer dans les concentrations militaires, des moyens de prompte mobilisation de l’armée active, de la nécessité d’adapter l’instruction des officiers et des soldats aux tactiques nouvelles, et même de la disposition des armées, de l’organisation des commandemens devant l’ennemi au cas d’une campagne prochaine. Le maréchal Niel, homme d’esprit, de savoir et d’éloquence toute militaire, ne se faisait-il pas quelquefois illusion à lui-même ? ne s’abusait-il pas lorsque dès le mois de juillet 1868 il assurait devant le corps législatif qu’il ne lui faudrait que quinze jours pour avoir 500 000 hommes, qu’en douze jours tout ce qui appartenait à l’armée pouvait avoir rejoint ? Ce qu’on peut dire de mieux de ce vaillant homme, c’est qu’il a laissé l’impression que bien des malheurs eussent été évités, s’il n’eût point été enlevé subitement en 1869, presqu’à la veille des grandes conflagrations.

L’œuvre du maréchal Niel, sans être absolument interrompue sous son successeur le général, depuis maréchal Lebœuf, semblait presque aussitôt dévier ou s’embarrasser au milieu de toutes les complications d’un régime qui pliait sous le poids des déceptions extérieures ou intérieures, qui, après avoir vécu jusque-là par l’omnipotence la plus autocratique, cherchait maintenant sa sûreté dans des essais de libéralisme, dans le ministère parlementaire du 2 janvier 1870. Pour avoir moins d’argent à demander, peut-être aussi parce qu’on aimait peu l’institution, on abandonnait la garde mobile en pleine organisation. Pour flatter le corps législatif dans ses goûts d’économie, on se résignait à une diminution du contingent, on multipliait les congés au risque d’un appauvrissement dangereux de l’effectif permanent. Les études, les projets dont le maréchal Niel avait pris l’initiative, se trouvaient pour le moment fort délaissés ; mais sous le maréchal Lebœuf comme sous le maréchal Niel, sous le ministère du 2 janvier 1870 comme sous les ministères précédens, la question était la même. Poursuivie avec incohérence ou avec fermeté, cette réorganisation militaire qu’on avait inaugurée restait l’expression d’une politique d’inquiétude, d’observation et d’attente, toujours réduite à se demander ce qui pouvait sortir de ces événemens de 1866 qu’elle n’avait pas su empêcher.

Ainsi, par la logique ou par la fatalité d’une première crise, la France et la Prusse demeuraient en présence. La guerre n’était point sans doute dans la volonté délibérée des hommes, des gouvernemens ; elle était dans la force des choses, dans l’opinion lasse d’in-