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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/181

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tion, s’appuyant eux-mêmes sur une base construite en granit et en ciment de Portland, disposés de façon que la plus grande distance entre les points extrêmes de support ne dépasse pas 38 mètres. Ce pont, entièrement en fer et d’un poids total de 600 tonnes, est venu par morceaux d’Amérique, où il a été forgé.

À Surco s’arrête aujourd’hui la partie de la ligne livrée à la circulation régulière des trains ; mais elle atteindra bientôt le village de Mantucana, situé à 5 kilomètres plus haut. Déjà en partant de Surco la chaussée est descendue au niveau de la rivière, qu’elle traverse en cet endroit par un pont de 60 mètres de long. Ici se présentent de nouvelles difficultés résultant de la différence considérable de niveau qui existe pour une distance fort courte entre les deux villages. Il a fallu traverser deux fois encore la rivière au moyen de deux ponts, dont l’un, celui de Challapa, n’est pas moins remarquable que celui de Verrugas ; il a une longueur de 108 mètres, et l’arche du milieu, s’appuyant sur deux piliers de fer, laisse passer sous une travée de 58 mètres le cours torrentiel du Rimac. Ces ponts, construits en France par la maison Eifel et compagnie, font honneur à notre industrie métallurgique. De la sorte, au moyen d’un zigzag que favorisent fort heureusement deux petites vallées latérales situées l’une vis-à-vis de l’autre, la chaussée gagne Mantucana par un gracieux détour, se trouvant encore une fois au niveau de la rivière. La vallée est plus large en cet endroit ; pendant quelque temps, la pente disparaît, et la ligne peut décrire tout à son aise ses vastes courbes le long du torrent. Déjà nous sommes à 90 kilomètres de la mer et nous avons atteint la hauteur de 2 300 mètres ; mais il nous reste à peine une distance de 40 kilomètres pour arriver au faîte de la Cordillère, et nous avons encore une hauteur de 2 400 mètres à franchir. À première vue, il semble impossible d’aller plus loin, car un peu au-dessus de Mantucana la vallée disparaît complétement, et, seul au fond d’un ravin, le Rimac roule ses eaux écumantes entre les parois élevées de ses rives, dont les cimes vont se perdre au milieu des nuages. La vue cherche en vain le chemin, elle ne rencontre partout que les arêtes effilées des montagnes, des gorges étroites et profondes, le roc dur et sec. Quelquefois seulement le torrent ralentit son cours et forme quelque petite vallée où l’Indien a bâti sa chaumière, utilisant les eaux pour arroser son champ. Il a su les conduire à des hauteurs souvent considérables, et l’œil s’étonne de rencontrer une verdure champêtre sur des pentes tellement escarpées qu’elles semblent inaccessibles. Cette culture aérienne n’est pas toutefois sans danger ; dans le cours du mois d’août dernier, Lima a tremblé dans ses murs en voyant arrêté subitement le cours de la rivière. Sous l’action incessante d’une infiltration qu’avait produite l’eau de ces