Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/173

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pêtre, la houille, le pétrole, ne demandent que des bras pour être exploités ; mais on se heurte dès le principe aux mêmes difficultés. Toutefois les salines de la province de Tarapaca dans le sud, dont le sol n’est qu’une immense salpêtrière, — dans le nord, le pétrole, que l’on rencontre dans la province de Piura à peu de profondeur, sont d’une exploitation facile grâce au voisinage de la mer. Le charbon est plus éloigné, les gisemens les plus importans sont situés sur les plateaux de la sierra, mais il s’en trouve aussi sur des points plus rapprochés ; le district de Huaraz par exemple, qu’un chemin de fer aujourd’hui presque terminé va mettre en communication directe avec la mer, en contient en assez grande quantité, et les échantillons sont d’une qualité bien supérieure aux produits que l’on a commencé à tirer du Chili depuis quelques années. Quoi qu’il en soit, jusqu’à présent le charbon qui se consomme dans tout le Pérou et sur la côte du Pacifique vient presque entièrement d’Angleterre par les navires à voiles qui doublent le cap Horn, et le prix en atteint, suivant les besoins, des proportions à peine croyables. Chargée à bord dans les ports d’Angleterre, la tonne de charbon coûte au maximum 8 piastres, c’est-à-dire environ 30 francs ; débarquée au Callao, elle est vendue dans une moyenne qui varie de 20 à 30 piastres (de 80 à 120 francs) ; la valeur a donc triplé et quelquefois quadruplé.

Bien qu’elle n’ait rien à faire avec la question des chemins de fer ni même avec les voies de communication, je ne puis passer sous silence dans cette revue des richesses du Pérou celle de ses ressources qui forme aujourd’hui à peu près le seul revenu de l’état comme aussi l’unique nantissement offert pour gage à ses créanciers. Je veux parler du guano, dont les couches épaisses, répandues à la surface du sol dans des îles situées à une faible distance de la côte, sont d’une exploitation bien facile, puisqu’il suffit de bras pour les prendre et de navires pour les charger. Cette mine d’une nouvelle espèce, — car elle n’est autre chose qu’un dépôt de fiente d’oiseaux de mer, aujourd’hui chassés par le mouvement des nombreux bateaux qui sillonnent la côte dans tous les sens, — n’était point ignorée des anciens Incas, qui l’employaient avec succès pour leur agriculture. L’usage s’en était perdu lorsque M. de Humboldt, visitant le Pérou en 1804, eut l’idée d’en envoyer quelques échantillons aux chimistes français Fourcroy et Vauquelin pour les analyser. On fit alors peu d’attention à cette découverte, et, lorsque trente ans plus tard un autre chimiste français, M. Cochet, voulut en propager l’usage, il fut à peu près traité de fou. Cet homme, qui a fait à lui seul la fortune d’un état, est mort, il y a quelque mois, pauvre et ignoré, dans un hôpital de Bordeaux. Sa découverte ne fut pas perdue cependant ; depuis vingt-deux ans, le Pérou