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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/172

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du continent américain. M. l’amiral Dupetit-Thouars s’est donc gravement trompé lorsqu’en 1837 il prédisait à l’industrie cotonnière au Pérou un si brillant avenir ; en général ses appréciations sont fort inexactes. N’oublions pas la vigne, qui vient avec abondance aux environs de Pisco et donne un fort bon vin et des alcools estimés ; le cacao, qui se récolte encore dans la campagne de Cuzco, produit le meilleur chocolat du monde.

Le climat plus froid des plateaux de la sierra nous offre les céréales de nos contrées, le blé, l’orge, l’avoine, la pomme de terre. Tandis que le Pérou va demander au Chili les grains nécessaires à sa subsistance, la vallée de Jauja, qui pourrait être le grenier du pays, voit périr sur pied, à 40 lieues de Lima, l’excès de ses moissons, faute de débouchés. De l’autre côté des Andes, dans cette contrée sauvage qu’on appelle la montaña, les arbres de toute essence, le cèdre, l’acajou, le palissandre, la cascarilla, dont l’écorce fournit le quinquina, tous les bois les plus précieux se pressent et s’étouffent les uns les autres sous l’ardente action de la végétation tropicale. Une seule de ces forêts ferait en Europe la fortune d’un état : le Pérou, loin de pouvoir en profiter, va chercher à San-Francisco les bois dont il a besoin pour l’édification de ses maisons et la construction de ses chemins de fer.

Faut-il, hélas ! parler des mines du Pérou ? Les mêmes mines qui, de l’année 1780 à l’année 1789, donnèrent à l’Espagne 184 millions de francs, produisent aujourd’hui une quantité de métal à peine suffisante pour les besoins de la monnaie. Elles existent toujours cependant, ces 70 mines d’or, ces 884 mines d’argent, ces mines de mercure de cuivre et de plomb, qu’exploitait avec tant de succès en 1791 l’ancienne vice-royauté du Pérou ; malheureusement pendant les événemens qui précédèrent ou suivirent la guerre de l’indépendance les travaux furent à peu près abandonnés ; l’eau envahit à la longue les puits et les galeries souterraines, forées du reste avec peu de soin, et d’immenses travaux seraient aujourd’hui nécessaires, ainsi que des appareils de pompe dont on ne peut disposer, pour rendre à l’industrie les incalculables richesses que recouvre cette épaisse nappe liquide. Les mines d’argent, qui sont les plus nombreuses, se rencontrent un peu sur tous les points de la sierra, mais particulièrement dans le district de Huaraz, et surtout au Cerro de Pasco, à 4 000 mètres au-dessus du niveau de la mer. On s’explique dès lors facilement les difficultés qu’il y aurait à transporter à une semblable hauteur, à dos de mulets et à travers des chemins impraticables, des appareils d’un poids énorme. De bonnes voies de communication permettraient seules de surmonter les obstacles opposés par la nature à l’extraction des métaux.

Les richesses minérales ne sont pas moins abondantes : le sal-