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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/146

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«… Personne n’apprécie plus que moi les sentimens nobles qui animent votre majesté et la confiance que vous me montrez dans cette occasion. Comme vous m’en exprimez le désir, sire, j’ai relu avec la plus grande attention tout ce que le bon sir Hamilton Seymour me manda dans le temps, et les pièces de la correspondance à laquelle ses communications donnèrent lieu. Je ne puis mieux répondre à la confiance que votre majesté m’accorde qu’en lui exprimant librement la conviction que j’ai gagnée par cet examen. En voici les résultats :

« 1º Votre majesté me fit déclarer que la mission du prince Menchikof n’avait d’autre but que d’assurer à l’église grecque ses droits et priviléges dans les lieux saints. Je fus confirmée dans la confiance que cette déclaration m’inspira par la conduite conciliante de la Porte et par l’empressement du gouvernement français à ne pas s’opposer à un arrangement dont il ne reconnaissait pas la justice. Votre majesté sait que les demandes du prince Menchikof outre-passèrent cependant ces limites et s’étendirent des demandes applicables aux pèlerins à une demande de protectorat sur 12 millions de sujets de la Porte.

« 2º Votre majesté ayant appelé mon attention sur les traités, je les ai fait examiner de nouveau par les hommes les plus éminens comme les plus impartiaux, et je les ai examinés moi-même avec le plus grand soin. Le résultat est que l’article vu du traité de Kainardji est le seul qui puisse être cité à l’appui de telles prétentions, et que cet article ne contient rien sur quoi on puisse fonder un droit quelconque de protectorat sur les sujets grecs de la Porte.

« L’occupation des principautés est injustifiable d’après tous les traités…

« Je trouve que mon cabinet, en exprimant ma conviction, a tenu envers votre majesté un langage loyal, et je puis vous assurer, sire, qu’il n’a jamais perdu de vue le haut prix que je mets à la continuation de la paix entre les deux pays. Quant à moi, je conserve encore aujourd’hui la confiance que votre majesté, dans ses sentimens élevés de justice et dans son amour de la paix, voudra aider mes efforts pour la maintenir. »

Si l’on songe au caractère de Frédéric-Guillaume IV, on reconnaîtra que la situation des choses, au point où nous sommes parvenus, a dû être pour lui l’occasion des plus douloureuses angoisses. D’un côté il approuvait certaines idées de la politique anglaise ; il aimait le prince Albert, dont il connaissait les sentimens germaniques, ces sentimens que les whigs et la presse radicale reprochaient au prince-époux avec une défiance irritée ; il avait comme une affection paternelle pour la reine Victoria, qui l’avait prié d’être le parrain du prince de Galles, il n’oubliait pas qu’au mois de janvier 1842 il était allé à Londres remplir ce devoir de famille ; enfin