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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/105

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loi du 15 juin 1861 la supprima définitivement. L’année même de cette suppression, la récolte fut très mauvaise : une importation de 18 millions d’hectolitres dut combler le déficit ; mais le commerce était désormais à la hauteur de sa tâche : il avait grandi, et la loi venait de lui rendre la complète liberté de ses allures. À peine constatée, la nouvelle crise fut conjurée : le prix moyen mensuel le plus élevé se rapporte au mois de septembre et ne dépasse pas 27 francs ; les prix moyens des mois suivans s’abaissent successivement jusqu’à 23 francs. C’est bien évidemment le commerce qui, par la précision et la rapidité de ses opérations, avait étouffé la crise en 1861, car, sur les 18 millions d’hectolitres nécessaires pour assurer notre approvisionnement, 14 millions étaient entrés avant le ler janvier 1862. Aux époques antérieures de disette, les importations, quoique beaucoup moindres, avaient été beaucoup plus tardives ; parfois même elles s’étaient prolongées bien au-delà des crises, encombrant ainsi le marché quand il n’était plus nécessaire, après l’avoir laissé dégarni en temps de disette. Dans les années d’abondance, les services rendus par le commerce étaient moins apparens, mais non moins réels. L’exportation empêchait alors les prix de s’avilir. Après la récolte de 1821, le prix moyen mensuel le plus faible est de 14 fr. 69 cent., et c’est en mars 1822 qu’on l’observe. À la suite de la récolte de 1858, le prix moyen le plus faible ne descend pas au-dessous de 15 fr. 60 cent. ; c’est le prix moyen de janvier 1859. Enfin en 1865 la période la plus aiguë de la crise de pléthore qui a gardé le nom de crise agricole est le mois d’octobre, et le prix moyen de ce mois est de 16 fr. 26 cent.

Devant de pareils résultats, il ne semblait plus possible de maintenir un régime qui, loin de favoriser les opérations du commerce, n’était pour lui qu’un obstacle et pouvait même devenir un danger. L’expérience avait prononcé en démontrant que la meilleure manière d’assurer en temps utile notre approvisionnement dans les années de disette et de combattre l’avilissement des prix dans les années d’abondance était de laisser au commerce l’entière liberté d’acheter et de vendre, d’importer et d’exporter. Avec plus de réflexion, on aurait vu qu’il n’est pas nécessaire de poursuivre dans une organisation artificielle la recherche d’un prix stable, que c’est là toujours et partout le but du commerce, et qu’il l’atteint sûrement, puisqu’il ne saurait jamais avoir d’autres effets.

Dans la vie des peuples, il vient un moment où l’extension des relations commerciales est une nécessité qui s’impose ; ils abaissent alors peu à peu tous les obstacles opposés par la nature ou par la politique aux libres communications des hommes. Quand les chemins de fer sont jugés utiles et même nécessaires, les restrictions commerciales doivent s’effacer, parce que les inconvéniens en de-