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listes de l’assemblée, et quand on dit qu’on n’a cessé de s’entendre, que « l’accord du parti monarchique reste le même sur la nécessité et les conditions du retour de la monarchie, » c’est une réserve de diplomatie qui ne peut dissimuler la vérité des choses. Mieux vaut dire simplement ce qui est. Depuis deux mois qu’on est à l’œuvre, on n’est guère plus avancé que le premier jour ; on n’est pas d’accord, et il est même difficile qu’on soit d’accord, parce que, malgré toute la bonne volonté qu’on peut y mettre, on n’a ni la même origine, ni le même drapeau, ni les mêmes idées sur les conditions dans lesquelles la monarchie pourrait être rétablie, sur les garanties qu’elle doit offrir, sur le rôle qu’elle pourrait avoir. Pour ceux qui défendent tous les jours, et maintenant avec une vivacité plus âpre que jamais, la cause de la restauration pure et simple de la royauté, il n’y a qu’une chose à faire : proclamer la monarchie et aller chercher le roi ! Quand le roi sera revenu et aura repris sa place, le reste ira naturellement ; on verra, on fera ce qu’il faudra. Le drapeau, les garanties constitutionnelles, tout cela est bien peu de chose, la seule et véritable institution est la royauté ! — Ce qui n’est rien pour les uns est beaucoup au contraire pour les autres. Aux yeux de ceux-ci, la monarchie, si désirable qu’elle leur semble, ne peut être rétablie que dans les conditions de la « société moderne, » en apparaissant comme l’émanation et la représentation de la souveraineté nationale, en adoptant sans arrière-pensée le drapeau de la France, en se liant au pays par des engagemens inviolables. Entre ces deux manières de voir, où est le point de jonction, où est l’accord dont on parlé ? On le cherche depuis deux mois, on s’ingénie à découvrir des formules propres à éluder les difficultés, et il y a même un comité, ayant pour président M. le général Changarnier, qui est spécialement chargé de cette œuvre diplomatique. On ne doit pas cependant être bien avancé, puisque maintenant, après tous les plénipotentiaires plus ou moins avoués qui se sont succédé à Frohsdorf, il a fallu expédier une mission nouvelle, qui vient de rencontrer le prince à Salzbourg, — puisqu’on ne cache plus que tout est en suspens jusqu’au moment où l’on aura reçu une réponse décisive. Alors on saura à quoi s’en tenir ; jusque-là rien n’est fait. « Frohsdorf a parlé, disent aujourd’hui les journaux légitimistes impatientés de toute cette diplomatie, c’est à Versailles de répondre. » Si Frohsdorf a parlé, il ne s’est pas expliqué, à ce qu’il paraît, avec une clarté suffisante pour les monarchistes constitutionnels, et, s’il ne s’est pas expliqué plus clairement, c’est qu’il éprouve des hésitations dont il aura de la peine à triompher, c’est que cet accord dont on ne cesse de parler reste toujours un désir bien plus encore qu’une réalité.

Assurément, M. le comte de Chambord aurait pu dissiper toutes ces incertitudes, s’il l’avait voulu ou s’il avait cru devoir le faire. La monarchie, rétablie dans certaines conditions de libéralisme constitutionnel