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tateurs de la monarchie à tout prix et les partisans de la monarchie sous condition. Au même instant s’ouvre à Trianon ce grand et triste procès qui, lui aussi, est un legs de nos derniers malheurs, qui est comme un épilogue de la guerre ou comme un épisode particulièrement saisissant dans la liquidation de nos désastres, qui est fait assurément pour réveiller les pensées les plus sérieuses en remuant les plus cruels souvenirs, en déroulant une fois de plus devant nous les événemens où s’est abîmée la fortune de notre patrie. Ce sont là les émotions de l’heure présente, et dans ce tourbillon où tout s’agite, où se pressent les questions les plus graves, c’est à peine s’il reste une place pour ces élections qui s’accomplissaient hier, qui ne laissaient pas cependant d’avoir une certaine signification de circonstance.

Le procès du maréchal Bazaine, le procès de la république et de la monarchie, c’est toujours en définitive, sous des formes différentes, la France s’interrogeant elle-même, poursuivant cette enquête morale, politique ou militaire à laquelle elle travaille depuis trois ans ; c’est la France cherchant à se débrouiller et à se fixer dans toutes ces confusions des responsabilités du passé qu’on déroule devant elle ou des perspectives d’avenir qu’on lui offre, et, chose plus frappante, chose même assez nouvelle, tout cela s’accomplit au milieu d’une certaine paix intérieure qui est un signe du temps où nous vivons. Oui, c’est pour la première fois peut-être qu’on assiste à ce spectacle aussi curieux que profondément instructif d’un pays où tout semble momentanément remis en question, où les problèmes les plus graves, les plus délicats, peuvent être débattus tout haut sans que la tranquillité publique soit troublée ou interrompue. Ce n’est nullement une marque d’indifférence : on ne se désintéresse pas des dénoûmens qui se préparent, on suit au contraire avec une curiosité ardente et croissante la marche des choses ; seulement on ne croit ni aux entreprises impossibles ni aux coups de violence, et on attend, non sans anxiété, non sans émotion, mais avec une patience où il y a un peu de fatigue, l’heure où les grandes luttes s’ouvriront dans l’assemblée, où les questions suprêmes se décideront, où les destinées de la France seront enfin fixées. Que sortira-t-il de ces luttes prochaines, et tout d’abord à quoi aboutiront ces négociations ou ces délibérations plus ou moins intimes qu’on poursuit depuis quelque temps, par lesquelles on se flatte de simplifier le dénoûment en préparant les décisions parlementaires ? Où en sont même ces délibérations si discrètement, si laborieusement conduites ? Réunions à Versailles ou à Paris, voyages de toute sorte de négociateurs plus inconnus les uns que les autres, conférences diplomatiques entre M. le comte de Chambord et les plénipotentiaires de bonne volonté accourus à Frohsdorf ou ailleurs, qu’est-il sorti jusqu’ici de ce travail mystérieux et assez étrange ? Évidemment tout n’a pas marché comme on l’avait espéré au