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l’arc et le flambeau, n’ont pas toujours embarrassé ce joli dieu, Plus tard ce ne fut plus qu’un méchant espiègle, fort précoce sans doute, tout pétri de malice, mais qu’une jeune fille pouvait faire sauter sur ses genoux, ainsi qu’un petit frère volontaire et boudeur. Malheureusement pour ceux qui n’étudient les « fables de la Grèce » que dans Ovide ou chez les stoïciens, Éros fut un mol éphèbe avant d’être un gracieux enfant, et c’est comme l’amant céleste de sa divine mère qu’il se présente d’abord sur les vases peints. J’ai sous les yeux une œnochoé à figures jaunes et le dessin d’une cylix à figures rouges, où le jeune dieu, pâmé dans les bras de sa mère, suspendu à ses lèvres, froisse de ses embrassemens le péplos étoile de la déesse et la couvre de ses ailes. Voilà le dieu époux de sa mère, voilà l’inceste sacré qu’on retrouve en Égypte comme en Assyrie, partant dans les religions de la Syrie, de l’Asie-Mineure et de l’Hellade. Tel miroir étrusque a conservé le type de l’Adonis ailé, forme intermédiaire entre Éros, l’amant d’Aphrodite, et l’Adonis du Liban ou l’Atys de Phrygie, Les monumens de l’art antique, les vases peints de la Grèce ou de l’Italie, dominés par les traditions d’une technique séculaire, ont une fois de plus fidèlement gardé le souvenir des vieux mythes religieux de la race, oubliés ou transformés par les descendans.

Aux rochers de Boghaz-Keuï, dans les ruines d’Euïuk, la déesse apparaît montée sur un lion ou assise sur un trône. Ne cherchons pas comment l’ont appelée les sculpteurs des bas-reliefs de la Cappadoce. Le nom de l’épouse d’Anu, Anat ou Anaïtis, d’origine babylonienne, est à peine prononcé pendant toute la durée des empires de Chaldée et d’Assyrie. Ce n’est qu’à l’époque des Achéménides, sous Artaxerxe Mnémon, c’est-à-dire bien après les guerres de Crésus et de Cyrus et la destruction de Ptérium, que la grande déesse fut adorée sous le nom d’Anat dans tous les temples de l’empire, de Babylone à Sardes. Les sanctuaires de la Cappadoce et du Pont, les deux Comana et Zéla, adoptèrent le nouveau vocable sacré comme la capitale des Lydiens et les riches et populeuses cités d’Arménie. Ce n’est pas, nous le répétons, qu’Anat fût sortie du cerveau des mages qui firent imposer son culte à tout l’empire perse : plus d’une ville antique de la Palestine chananéenne a nom « Demeure de la déesse Anat. » En Égypte, où les cultes de Syrie pénétrèrent après les conquêtes de la XVIIIe et de la XIXe dynastie, la mention de cette déesse n’est pas rare, Son nom a été lu sur l’une des trois stèles égyptiennes de la XIXe dynastie qui la représentent sous les deux aspects de sa nature divine : déesse voluptueuse, Qadès ou Ken, elle est nue, débout sur un lion passant, avec un ou deux serpens dans la main gauche, et un bouquet de lotus dans la droite ; déesse guerrière et terrible, Anta ou Anata, elle est vêtue, casquée, armée