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Tout ce que l’on sait de cette province de l’Asie-Mineure, où Touraniens, Mèdes et Perses ont tour à tour dominé, subsiste en ce bref récit d’Hérodote. « Après le passage de l’Halys, Crésus avec son armée arriva dans la partie de la Cappadoce appelée la Ptérie. La Ptérie, le plus fort canton de ce pays, se trouve, à très peu de chose près, sur la même ligne que Sinope, ville située sur le Pont-Euxin. Crésus assit donc en cet endroit son camp et ravagea les terres des Syriens. Il prit la ville des Ptériens, et il en réduisit les habitans en esclavage, il prit aussi toutes les bourgades voisines et ruina tout chez les Syriens, quoiqu’ils ne lui eussent donné aucun sujet de plainte. » On voit encore les ruines de la cité des Ptériens, vieux centre de religion et de civilisation orientales, et en outre point stratégique important d’où les Mèdes menaçaient la Phrygie. Crésus semble avoir dévasté méthodiquement tout ce district de la Cappadoce. Il n’a pas seulement déporté en masse au-delà de l’Halys tous les Ptériens, à l’instar des rois d’Assyrie ; il a rasé Ptérium, et nul depuis l’époque du grand conquérant lydien n’a tenté d’en relever les murailles. Après Barth, M. George Perrot et ses compagnons de voyage ont cru reconnaître ici, comme à Éuïuk, les restes d’un palais qui doit avoir servi de résidence à quelques dynastes cappadociens, toujours vassaux des Assyriens, des Mèdes ou des Perses depuis les temps de l’empire des Mosches. Les blocs de pierre des assises sont énormes, mais les murs peuvent avoir été construits en briques comme à Ninive, suivant les vieilles traditions de l’architecture chaldéenne. On retrouverait ici le plan ordinaire des palais assyriens : le selamlik, sorte de salle du trône, dont les galeries étaient sans doute décorées de bas-reliefs, et le harem, habitation des femmes et des eunuques. Le trône orné de deux lions gît aujourd’hui renversé et enfoui dans la terre comme les restes des remparts, des tours et des portes de la ville.

A quelques pas du palais se dressent les rochers d’Iasili-Kaïa. On y retrouve les mêmes personnages qu’à Boghaz-Keuï, le corps posé et vêtu de même. Cette fois c’est tout un peuple, un cortège mêlé aux figures ailées, une longue procession qui suit d’un pas rhythmé les figures colossales qui la guident. La première, accostée d’un taureau mitré, les pieds posés sur la nuque de deux personnages à mitre recourbée, présente d’une main une sorte de fleur et tient de l’autre un sceptre terminé par une boule. Tel un roi sur les bas-reliefs de Maltaï vient, avec le même sceptre, au-devant des divinités planétaires portées sur des animaux. Les mêmes objets sont dans les mains de plusieurs autres figures du cortège, ainsi que des faux et de longs bâtons. Deux personnages qui soulèvent une sorte de croissant ont des cornes ou de longues oreilles ; l’un a des pieds de bouc. Le croissant, l’uræus et surtout le disque ailé,