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être épuisée, En vérité, c’était bien mal juger des conditions naturelles de tout développement en ce monde, Etant donnée la situation géographique de la Grèce et l’époque de son apparition dans l’histoire, on pouvait conclure qu’elle avait dû subir, à l’orient et au midi, des influences de toute sorte, dont l’effet avait été de hâter la croissance et l’épanouissement de la vie nationale des Hellènes. Après quoi n’est-il pas assez indifférent au fond que l’art grec, dérivé de l’art asiatique, ait embelli les formes qui lui ont servi de modèles, les ait transformées en les idéalisant ? En art, comme en toutes choses, le germe est plus important que le développement : celui-là peut exister sans celui-ci, non celui-ci sans celui-là. L’originalité de l’art grec est incontestable, mais seulement à un moment de sa durée. L’idée d’un canon invariable des proportions du corps humain, idée qui passa dans quelques écoles primitives d’artistes grecs, dans les écoles doriennes, sans parler des artistes mythiques de la Crète, se rattache à l’Égypte par la Phénicie, Ainsi que l’a très bien dit M. Lepsius en parlant surtout de l’architecture des Hellènes, dont les modèles sont en Égypte, comme ceux de la sculpture sont en Assyrie, si, pendant de longs siècles, d’autres peuples n’avaient préparé les voies, le développement de l’art grec n’aurait pas été si rapide [1].

Pour la première fois, on a enfin acquis à notre époque une assez claire conscience de la place et de la signification de l’Hellade dans l’histoire du monde, L’histoire véritable, élevée à la hauteur d’une philosophie, conçue comme la science de l’évolution organique de l’humanité, a peut-être le droit d’être écoutée après les exercices oratoires des rhéteurs. Si quelqu’un avait posé tout d’abord en principe qu’il existe un art lydo-phrygien, dérivé de l’art assyrien, véritable intermédiaire entre l’art de l’Hellade et de l’Assyrie, qui transmit à la Grèce des traditions, lui offrit des modèles, inspira ses premiers constructeurs, ses écoles primitives de sculpture, ses peintres archaïques, ses musiciens, on aurait trouvé sans doute que c’était réduire étrangement la part de l’invention dans les œuvres du génie grec, que les Hellènes ne l’avaient guère entendu ainsi, et qu’on ne pouvait tant accorder aux « barbares. » Cette thèse est pourtant celle que soutient M. George Perrot, avec une science peu commune de l’art classique et de l’art oriental, avec une connaissance approfondie des monumens de l’Asie-Mineure.

La révolution dans les idées relatives aux origines de l’art grec remonte au temps de la découverte de la nécropole de Vulci, en Etrurie, puis de celle des ruines de Ninive. Dès 1832, Micali

  1. Ueber einige œgyptische Kunstformen und ihre Entwickelung, dans les Abhandlungen de K. Akad. der Wissenschaften zu Berlin (1871).