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de débarquement, sachant bien qu’il faut des soldats très solides pour oser les jeter à terre sans reconnaissance préalable et les placer ainsi en face de l’imprévu. Il partit le 20 avril sur la Persévérance, pénétra dans le golfe de Volo ; y enleva cinq bâtimens de transport, en détruisit quatre autres, et découvrant près de Tricheri, dans le canal septentrional de l’Eubée, un brick de guerre amarré à terre dans une anse, il l’incendia en quelques minutes avec ses boulets rouges.

Plus favorisé que Fabvier et que Gordon, Hastings ne comptait que des succès. Son heureuse fortune s’explique d’ailleurs aisément. Il agissait seul et n’avait pas comme les autres philhellènes à se faire Grec par désespoir de ne pouvoir faire des Grecs des Occidentaux. Les idées européennes et les habitudes orientales se trouvaient dans le Levant constamment en présence, c’est-à-dire en contradiction. Sir Richard Church et Karaïskaki ne s’entendaient déjà plus. Karaïskaki insistait pour que l’on continuât à cheminer prudemment du côté de l’ouest, profitant du terrain, s’appuyant à la lisière du bois, ne s’avançant jamais qu’à couvert. Le généralissime voulait changer sa base d’opérations, débarquer dans la baie de Phalère et traverser la plaine nue et dépouillée d’arbres pour se porter directement sur l’Acropole. Il est probable que Karaïskaki eût résisté jusqu’au bout à un pareil projet ; mais le 4 mai 1827 un coup fatal enlevait ce vaillant et habile capitaine à la Grèce. Une escarmouche avait été engagée par des Albanais, grecs contre quelques tambours turcs. Cet engagement, qui avait lieu sans ordre, prenait de l’importance. Karaïskaki crut devoir se mettre à la tête des troupes pour régulariser le mouvement. Il fut atteint d’une balle qui lui traversa le corps. Il était alors quatre heures après midi ; à dix heures du soir, Karaïskaki avait succombé. En lui disparaissait, non pas le dernier des Grecs, mais le dernier des vieux armatoles.

Karaïskaki avait à peine rendu l’âme que le général Church s’occupait de mettre à exécution le plan auquel il était parvenu à convertir les autres capitaines grecs. Le 6 mai 1827, un corps de 3,000 hommes, soutenu par une batterie de quatre pièces de 6, fut débarqué sur la plage de Phalère, près du cap Colias. Cette division devait attaquer les postes les plus rapprochés de l’Acropole, pendant que le corps principal, fort de 7,000 hommes, ferait une démonstration du côté du bois des oliviers. Des mesures mal prises, un défaut d’entente, ou un défaut de zèle, laissèrent la colonne du cap Colias sans appui. Le premier détachement, composé de tacticos et de Souliotes, s’était avancé dans la plaine, où il commençait à s’abriter à l’aide de quelques fascines et de levées de terre, quand