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à moi personnellement et à ma faible troupe, nous sommes entrés ici en passant sur le ventre des Turcs. je suis peu embarrassé de recommencer. L’état de la forteresse m’a seul engagé à y demeurer. Kriezotis est malade. Son corps est le pire de tous. Les gens du château veulent ouvertement la reddition. J’ai 60 hommes de morts par le feu ou de maladie. Les autres, rongés par la fièvre, privés de tout, n’en restent pas moins fidèles à leur devoir. » Une semblable dépêche était faite, il faut bien l’avouer, pour stimuler l’ardeur de Cochrane, car Cochrane était un vaillant soldat et prêt à payer en toute occasion de sa personne. Il avait déjà perdu près d’un mois à haranguer les Grecs, se flattant naïvement de pouvoir par ses proclamations rapprocher les partis. « Au début, écrivait l’amiral de Rigny, il a renvoyé les factions à la deuxième philippique de Démosthène. Depuis, saisissant mieux le caractère avide des chefs grecs et des palikares, il promet aux uns le sac de Byzance, aux autres le pillage de Smyrne, aux plus braves une prime en piastres d’Espagne. » Les soldats que Cochrane amenait le 20 avril dans la baie de Phalère étaient choisis dans une belliqueuse élite. C’étaient 1,200 Hydriotes et Crétois qu’il venait de prendre à sa solde. Il les fait débarquer sous les ordres d’un de ses parens, le major Urquhart, se met à leur tête le 25 avril, les enthousiasme par son exemple, et enlève au premier coup neuf petites redoutes. A dater de ce jour, les deux camps grecs forment une ligne continue de la colline de Munychie au pied du Mont-Corydale. Le couvent de Saint-Spiridion est complètement cerné. Déjà on s’en souvient, ce poste avait été battu en brèche par la Persévérance, qui l’avait ouvert de toutes parts sans que les palikares pussent se décider à l’enlever de vive force. Six bricks grecs entrent dans le port et dirigent leur feu sur ces ruines où se sont enfermés 300 Albanais. Le 26, l’Hellas se présente à son tour. La frégate s’entraverse devant le monastère, et ses soixante canons rasent presque complètement cet édifice. Le 27, l’Hellas tire encore, elle tire sur quelques pans de murailles restés debout. Le couvent n’est plus qu’un monceau de décombres sous lesquels une partie de la garnison turque reste ensevelie. Un appel est fait par Cochrane au courage de ses Candiotes. « Quels sont ceux qui se présentent pour monter à l’assaut ? Qui veut achever avec le sabre ou la baïonnette l’œuvre du canon ? » Tous restent muets. Vingt philhellènes sont seuls sortis des rangs ; on renonce à les sacrifier. Les Turcs étaient sans vivres et presque sans eau ; ils proposent de se retirer avec leurs armes. Cochrane refuse d’accéder à ces conditions : les Albanais déposeront leurs armes et se rendront prisonniers ; c’est la seule capitulation qu’il leur accorde.

Sur ces entrefaites, le bruit se répand que la flotte égyptienne est