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opération de nuit qu’il s’agissait : le général sortait de ses retranchemens à la tête de sa cavalerie, se faisait tuer une trentaine de chevaux, blesser plusieurs cavaliers ; lui-même recevait « une balle dans ses habits. » L’escarmouche terminée, il rentrait dans ses lignes, sans avoir beaucoup avancé ses affaires, sans avoir non plus rien compromis. Le 19 avril, nouveau renfort. Le fils de Sisini arrive à la tête de 1,500 hommes.

L’armée de l’Attique compte alors près de 11,000 hommes, 4,000 au camp de Munychie, 7,000 à l’ouest du Pirée. Karaïskaki juge le moment venu de faire un sérieux effort. Dans la nuit du 19 au 20, il fait occuper une hauteur voisine de celle où les Turcs s’étaient établis, hauteur située au nord de la ligne des retranchemens ottomans. Quand le jour paraît, les Grecs ont déjà élevé sur ce point un tambour. « Par fanfaronnade, » nous dit le commandant du Marsouin, le capitaine Guettard, ils annoncent leur présence en faisant une décharge générale de mousqueterie. Reschid essaya vainement de reprendre cette position. Refoulé dans une première attaque, il recommença le lendemain, toujours avec aussi peu de succès. En ce moment même arrivait à Kerasini sir Richard Church, et M. de Reverseaux écrivait de Salamine à l’amiral : « Cochrane, sur l’Hellas, est en vue, il fait route avec plusieurs bricks pour le mouillage de Phalère. »

Avant que ces deux grands personnages, Cochrane et Church, entrent en scène, établissons le bilan de la situation dont ils vont hériter. Athènes, nous apprend l’amiral de Rigny, « le pivot des affaires grecques, » était bien près de succomber, quoique les Grecs occupassent en force deux positions à droite et à gauche du Pirée, adossés à la mer qu’ils avaient pour eux. « Ils n’ont pu, ajoutait l’amiral, réussir encore à forcer l’opiniâtre Reschid à lever le blocus. Fabvier est toujours enfermé dans l’Acropole. Je ne serai pas blâmé, j’en suis certain, si j’emploie mes. efforts personnels pour le sauver, lui et ses compagnons, du sort qui les menace. »

Le langage de Fabvier n’était pas cependant celui d’un homme désespéré, il était celui d’un homme impatient et qui ne se sent pas à sa place. « Depuis longtemps, écrivait-il le 20 avril, les soldats irréguliers sont fatigués des promesses de cinq jours, de dix jours. La seule manière de les faire patienter, c’est de leur montrer de la besogne. Les miens sont plus calmes, quoique les plus maltraités de toute la Grèce. Ils ont acquis une lueur de patriotisme. Cependant le moment viendra bientôt où la patience échappera à tout le monde à la fois. Chacun répète : — 15,000 hommes réunis ! et ils n’osent marcher contre 5,000 au plus ! Que sera-ce quand ils arriveront devant les postes où l’ennemi a préparé sa défense ! — Quant