Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 107.djvu/787

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Négrepont et vint, à la tombée de la nuit, mouiller devant Oropos. Miaulis voulait que le général Heïdeck jetât sur-le-champ ses troupes à terre et enlevât d’assaut une batterie que la corvette à vapeur, mouillée à portée de pistolet, avait en quelques minutes réduite au silence. Le général aima mieux attendre le jour ; au jour, les soldats débarqués se trouvèrent en présence d’un corps de cavalerie expédié par Reschid de son camp d’Athènes. Le colonel Heïdeck ne jugea pas prudent de se mesurer avec ces delhis exaltés par leurs récens succès. Il était resté sur l’Hellas ; au lieu d’aller se mettre à la tête de ses troupes, il les fit rembarquer à bord de la frégate, du pont de laquelle il suivait leurs mouvemens, et reprit avec elles le chemin de Munychie. Quand il put jeter l’ancre dans la baie de Phalère, les affaires avaient pris une face nouvelle. Suivant de près Omer-Vrioni, rappelé devant Athènes par Reschid-Pacha, Karaïskaki était entré le 8 mars à Eleusis avec 4,500 hommes. Sir Richard Church et lord Cochrane commandaient les armées de la Grèce.

Lord Cochrane avait été nommé grand-amiral et sir Richard Church généralissime. Pour contre-balancer l’influence que cette double nomination devait nécessairement donner à l’Angleterre, Colocotroni et le parti russe obtinrent de l’assemblée nationale de Trézène l’élection du comte Capo d’Istria. Cet ancien ministre du tsar fut nommé président de la Grèce. Il y avait longtemps qu’on sentait la nécessité de confier le pouvoir exécutif à un seul homme. Le jour où les onze membres du gouvernement s’étaient démis de leurs fonctions, Condouriotti avait eu quelque droit de s’attendre à voir son nom généralement respecté sortir de l’urne ; mais toute réputation nationale était usée, et les Grecs, après six années de déchiremens intérieurs, en étaient réduits à faire venir d’Angleterre des généraux, de Russie un président pour leur république. Ce fut à Paris que le comte Capo d’Istria apprit son élection. Avant d’accepter la présidence qui lui était offerte, il voulut retourner en Russie et obtenir l’assentiment de l’empereur Nicolas. Né à Corfou en 1776, le comte était devenu par l’effet des circonstances plus Russe encore que Grec. Issu d’une famille que la république de Venise avait anoblie, il s’était rendu à Padoue pour y étudier la médecine. Lorsqu’en 1807 le gouverneur de l’Épire, maître de Prevesa, menaçait l’île de Sainte-Maure, Capo d’Istria fut investi du commandement général de toutes les milices des sept îles. Ce commandement le mit en relations avec Colocotroni, avec Karaïskaki, avec la plupart des chefs souliotes. L’annexion des îles ioniennes à l’empire français décida de sa destinée en lui inspirant la pensée d’offrir ses services au gouvernement moscovite. Admis dans la chancellerie de