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combattans pris les armes à la main. La rage des musulmans se tournait surtout implacable contre les étrangers. La merci qu’ils auraient peut-être accordée à des Grecs, ils l’avaient, sans hésiter, refusée à des philhellènes.

L’amiral de Rigny était de longue date habitué à ces incidens lamentables ; il ne put cependant retenir un cri d’indignation. Ce mouvement d’une âme plus maîtresse en général d’elle-même, il en faisait, le 5 mars 1827, l’aveu au ministre. « Je n’ai pas cru, écrivait-il, sortir de la neutralité qui m’est prescrite en exprimant au séraskier l’horreur que m’inspirait une précipitation si cruelle. le lui ai fait sentir combien les excès de ses delhis nuisaient à la cause de la Porte et contribuaient à multiplier en Europe les partisans de jour en jour plus chaleureux de la Grèce. »

Vainqueur à Kamatero, Reschid, le 10 février, se mettait avec 4,000 hommes en marche sur le Pirée. Il se croyait certain de jeter sans peine Gordon et sa troupe à la mer ; mais il trouvait les Grecs renforcés d’une partie du corps de Notaras. Leur aile droite était protégée par des marais, leur aile gauche par les bâtimens de Miaulis. Entrant, au milieu du combat, dans le port du Pirée, le capitaine Hastings prenait les Turcs en flanc et les obligeait à battre en retraite. Les honneurs de la journée appartenaient incontestablement au commandant de la Persévérance. Il faut cependant en faire une part, je dirai même une part considérable, au chef des Athéniens, ce vaillant Makriyannis, dont j’ai déjà eu, à deux reprises différentes, l’occasion de citer les prouesses. Frère et neveu de banquiers établis en Russie, le jeune Kalergi se distingua également dans cette affaire, où il faisait, en qualité de commandant de l’artillerie, ses premières armes. Il soutint avec autant de sang-froid que de bravoure l’attaque dirigée par les Turcs contre le centre des positions grecques. Quant à Reschid, il crut avoir trouvé un excellent moyen de faire comprendre à Constantinople d’où venaient les lenteurs inusitées du siège d’Athènes. Avec la tête de Bourbaki et le casque de cavalerie que portait le valeureux colonel, il envoya au sultan un des boulets de 68 de la Persévérance.

Bien qu’ils fussent restés maîtres de la position de Munychie, les Grecs ne pouvaient plus conserver l’espoir de délivrer Athènes sans avoir rassemblé sur ce point des forces considérables. Ils en revinrent au projet de harceler Reschid sur ses derrières. Le général bavarois Heïdeck, récemment arrivé à Égine, s’embarqua sur la frégate l’Hellas avec 500 hommes distraits du corps d’occupation de Phalère. La corvette à vapeur la Persévérance et le brick le Nelson accompagnaient l’Hellas, encore montée à cette époque par l’amiral Miaulis. L’expédition pénétra dans le canal de