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le plus solide fondement de la liberté. On ne croit pas que la république puisse se fonder chez un peuple sans religion. Qu’est-ce donc que l’école américaine ? C’est un établissement séculier qui ne relève d’aucune église, qui est unsectarian, suivant l’expression anglaise. On n’y professe aucun dogme, et on n’y enseigne pas le catéchisme, ce qui d’ailleurs serait assez difficile chez un peuple partagé entre tant de communions diverses. Mais le fonds de l’éducation, c’est la morale de l’Évangile ; je dirais même que c’est la Bible, si en quelques états on n’en avait supprimé la lecture pour donner satisfaction aux évêques catholiques qui se plaignaient qu’on élevât les enfans dans des habitudes protestantes. Les Américains ne sont rien moins que des libres penseurs, et il n’y a pas trois ans que la cour suprême de Pensylvanie a cassé le testament d’un homme qui léguait sa fortune à une réunion d’athées pour faire construire une salle où l’on enseignerait publiquement l’incrédulité. « La loi de Pensylvanie, dit l’arrêt de la cour, ne reconnaît pas une société d’athées, elle ne permet que des associations littéraires, bienfaisantes, religieuses… Il ne peut pas être permis de ridiculiser publiquement, d’insulter, d’avilir la religion révélée dans la Bible… C’est à quoi servirait une salle consacrée à l’athéisme. Ce serait une école où l’on élèverait les jeunes gens pour les galères et les jeunes filles pour la prostitution. » Ces considérans nous donnent le ton de l’opinion aux États-Unis.

Si les écoles communales ne donnent pas un enseignement confessionnel, il ne faut pas croire que les enfans soient élevés dans l’ignorance de la religion. En fait d’éducation chrétienne, il n’est aucun pays qu’on puisse comparer à l’Amérique. Ce sont les écoles du dimanche qui sont chargées de cette instruction, et chaque église a ses écoles, qu’elle entoure de soins particuliers. Plus de 5 millions d’enfans y reçoivent l’enseignement religieux sous les yeux de leurs familles, et y puisent ces sentimens de piété et de moralité qui sont plus nécessaires encore dans une république que dans une monarchie. Quant aux collèges et aux universités, l’état ne s’en occupe en aucune façon ; ce sont des fondations particulières, qui pour la plus grande partie sont entre les mains des églises. On peut donc assurer sans témérité que l’éducation est profondément chrétienne aux États-Unis.

Le caractère religieux du peuple américain n’est pas moins visible dans certains rapports extérieurs de l’église et de l’état. Dans une société chrétienne, il est naturel de respecter les usages chrétiens. C’est ainsi que les lois des états et la constitution fédérale considèrent le dimanche comme un jour férié, et lorsque le nouvel an, l’anniversaire de la naissance de Washington ou de la déclaration d’indépendance tombe un dimanche, la fête est remise au lundi.