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qui se dit libéral et qui va de l’unitarisme aux confins de la philosophie. Ce qui maintient sous un même nom, dans un même temple, ces chrétiens qui n’ont pas la même foi et qui ne peuvent s’entendre entre eux, c’est l’argent donné par l’état. Chacun de ces partis ennemis prétend avoir un droit égal à la possession du temple, au traitement des ministres. Au milieu de ces divisions, que peut faire le gouvernement ? Imposer une confession de foi décrétée par la majorité d’un synode qui n’est peut-être pas la majorité de l’église, c’est agir à la façon des empereurs byzantins et se jeter dans des difficultés sans nombre. Un symbole est chose religieuse ; l’état n’y peut toucher sans sortir de son rôle. Faut-il partager les paroisses et faire autant de chapelles qu’il y a de sectes diverses ? Cela serait plus sage ; mais cela ne rentre guère dans les attributions d’un gouvernement. L’état n’a qu’un moyen de contenter tout le monde et de donner à la religion une protection efficace, c’est de ne point s’aventurer sur un terrain glissant et de rendre à chaque fidèle sa liberté et son argent.

C’est ce qui a lieu aux États-Unis. Comme on n’a rien à attendre du gouvernement, et que chaque chrétien choisit et paie l’église qui représente ses convictions, il n’y a aucune difficulté avec l’état, et quant aux querelles intérieures, elles se terminent par la retraite de la minorité, qui fonde une église nouvelle. De là ce résultat, qui ne peut paraître étrange qu’à ceux qui ne réfléchissent point : ces églises, indépendantes de l’état, maîtresses absolues de leur discipline, veillent avec un soin jaloux sur la pureté de leur doctrine. Chacune d’elles a sa confession de foi et n’admet dans son sein que ceux qui acceptent le contrat ou covenant religieux, en d’autres termes, qui se soumettent volontairement aux lois de la congrégation et qui en adoptent le symbole. Dans plusieurs de ces églises, le scrupule est poussé si loin qu’encore bien qu’on y baptise les enfans et qu’on leur donne la confirmation et la communion, néanmoins on ne les considère comme membres de l’église (church), comme de vrais fidèles, qu’autant que, parvenus à l’âge d’homme, ils ont fait une confession de foi personnelle et prouvé par leur attitude et leur conduite que leur cœur est vraiment régénéré en Jésus-Christ.

Cette sévérité explique comment un grand nombre de chrétiens réformés sont membres de la congrégation et assistent aux offices sans cependant faire partie de l’église, au sens étroit du mot. En même temps, cela nous éclaire sur un point de statistique intéressant et peu connu. Aux États-Unis, comme dans le reste du monde, l’église catholique compte parmi les siens ceux qu’elle a baptisés. Au contraire les dénominations protestantes ne comptent que les