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d’excellens catholiques n’eussent-ils pas invoqué l’appui du bras séculier ! Aux États-Unis, personne n’a contesté le droit de l’évêque ; il y avait là une question de discipline qui pouvait intéresser un certain nombre de catholiques, mais qui n’était en rien du ressort de l’autorité civile.

L’état ne connaît donc pas l’église. Pour lui, il n’existe que la congrégation, c’est-à-dire une corporation civile. C’est seulement quand il y a contestation sur la propriété ou les intérêts matériels de l’association que les tribunaux sont compétens. Il peut arriver quelquefois que l’affaire ait une apparence religieuse. Lorsque par exemple il y a division dans la corporation, et que des partis ennemis se disputent la propriété du temple, il faut nécessairement que les juges décident quelle est la véritable église ; mais en ce cas le fonds du procès est civil : ce n’est pas une question de doctrine, c’est une question de droit qu’il faut apprécier. Il en serait de même, s’il y avait des difficultés entre les actionnaires d’un club ou d’un chemin de fer ; il faudrait examiner les statuts pour décider quelle est la société légitime. Deux procès célèbres montreront comment les choses se passent aux États-Unis.

En 1820, la congrégation de Dedham, dans le Massachusetts, élut pour pasteur un ministre unitaire. Les deux tiers des fidèles composant l’église (church) repoussèrent comme un intrus le ministre qui venait attaquer la croyance de leurs pères en niant la divinité de Jésus-Christ. De là un procès entre l’église au sens étroit du mot et la corporation, procès qui se termina par la reconnaissance du pasteur nommé par la congrégation. La loi du Massachusetts, déclara-t-on, ne sait point ce que c’est que l’église ; elle ne connaît que la corporation. Cette décision excita une grande émotion, et, à vrai dire, elle ne s’explique que par le caractère particulier de l’église congrégationaliste et par la prévalence de sentimens plus démocratiques que religieux. Il parut équitable de reconnaître le droit d’élire le ministre, à tous ceux qui payaient les frais de son entretien.

L’autre exemple, plus récent, me paraît plus conforme aux principes et plus favorable à la liberté religieuse. En 1869, le docteur Edouard Cheney, recteur. de l’église anglicane du Christ à Chicago, fut accusé devant une cour ecclésiastique comme s’étant permis de retrancher le mot régénéré dans la formule du baptême. A la suite de la condamnation, l’évêque Whitehouse interdit M. Cheney de ses fonctions et lui supprima son traitement. La congrégation décida qu’elle conserverait son recteur ; M. Cheney cita l’évêque devant la cour supérieure de l’état d’Illinois pour y faire annuler une décision canonique qui, suivant lui, le blessait dans