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dissolution se trouve le chlorure de potassium. Il ne faudrait pas croire pourtant que l’extraction de ce sel soit chose facile. Il a fallu, pour rendre cette opération pratique, les recherches persévérantes de M. Balard et l’industrieuse ténacité d’un des plus habiles manufacturiers du midi, M. Merle, de Salyndres. Rien ne saurait donner une idée des difficultés qu’a coûtées l’installation des appareils de concentration et de refroidissement au moyen desquels on retire la potasse des eaux-mères des marais salans. Cette belle industrie était en pleine activité et nous rapportait des millions, quand elle reçut, il y a quelques années à peine, le coup le plus terrible et le plus inattendu. On venait de découvrir à Stassfurt, dans la Prusse saxonne, des couches énormes d’un minerai de potasse presque pur, de chlorure de potassium natif (carnalite). L’apparition des potasses allemandes sur le marché européen fit tomber du jour au lendemain le prix du chlorure de potassium de 55 francs à 22 francs les 100 kilogrammes. Les industriels français, il faut le dire à leur honneur, n’en ont pas été découragés. M. Merle et ses collaborateurs se sont remis à l’œuvre avec une opiniâtre ardeur et une plus savante énergie, ils ont modifié et amélioré leurs procédés, et notre industrie des eaux-mères en Camargue a recommencé, il y a peu de temps, à livrer au commerce 1,000 ou 1,200 tonnes de potasses qui, sous le double rapport du prix et de la qualité, n’ont rien à redouter de la concurrence étrangère.

La fabrication du papier n’a eu longtemps qu’une seule matière première, le chiffon ; mais, la consommation du papier ayant augmenté dans une proportion énorme, on a eu recours à divers produits restés jusque-là sans emploi, tels que les jutes et les phormiums que l’Inde et l’Australie nous envoient sous la forme d’emballages grossiers. La paille du seigle et du blé, qui ne servait qu’à la fabrication des papiers jaunes et communs, a été, par l’action successive des alcalis et du chlore, transformée en une pulpe blanche et soyeuse, parfaitement appropriée au moins à la production des papiers ordinaires, dont on fait les journaux. L’Angleterre, après avoir monopolisé le sparte d’Espagne et l’halfa d’Algérie, est parvenue à retirer de ces végétaux si durs une magnifique pâte à papier ne le cédant en rien aux plus belles pâtes de chiffons. Enfin nous voyons aujourd’hui de tous côtés, en France, en Angleterre, en Allemagne, s’élever de vastes établissemens où le bois lui-même, le pin, le sapin, le tremble, sont convertis en pâte à papier. Déchiqueté par un coupe-racine puissant, le bois est jeté dans d’énormes chaudières autoclaves, et là soumis pendant six heures à l’action combinée d’une lessive de soude concentrée, d’une température de 200 degrés et d’une pression de 14 atmosphères. Sous cette triple influence, la matière incrustante du bois s’oxyde et se dissout, les