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je le sais bien, les bibliophiles aiment à sacrifier, et qui devrait être mise de côté, car elle n’a plus qu’une valeur historique. La révolution introduite dans la prononciation française par la cour italienne de Marie de Médicis n’avait aucune raison d’être : elle a substitué le son ai au son oi dans presque toutes les finales, elle a eu, ce résultat ridicule de supprimer définitivement le féminin légitime du mot roi, et de nous donner à la place le mot reine, vocable bâtard qui n’est ni français ni italien ; mais cette révolution est accomplie, acceptée, elle est si profondément entrée dans nos mœurs que l’on prêterait à rire si l’on disait : les François combattoient les Anglois ; dès lors, à quoi bon l’écrire et ne pas mettre l’orthographe en rapport direct avec la prononciation actuelle ?

Pendant que l’on gravait les planches, les ornemens, les caractères, on fabriquait le papier avec des chiffons de pur fil, en hollande et à la forme ; on s’assurait par les élémens constitutifs de la pâte, par les procédés du blanchiment soustrait à toute intervention chimique, qu’il présenterait des conditions de beauté, de résistance, de solidité et de durée qui le rendraient égal à ce fameux papier canonge dont Rabelais parle au IVe livre de Pantagruel. On s’occupait aussi à composer l’encre ; tout en réagissant contre certains imprimeurs de nos jours, qui ont la fâcheuse habitude de n’employer que des encres grises, peu visibles, mal détachées sur le blanc des pages, il fallait éviter d’avoir ces encres noires, trop épaisses, qui bavent autour du caractère et le cernent d’un contour jaunâtre, désagréable et papillotant aux yeux. Après plusieurs essais, l’on a obtenu une encre d’un ton riche qui s’harmonise avec la nuance du papier et donne à la lettre un relief très accentué.

Ce fut à l’imprimerie de M. Claye, — dont il est superflu de parler aux lecteurs de la Revue, — qu’échut le périlleux honneur de mettre sous presse ce livre exceptionnel. M. Viel-Cazal surveilla lui-même l’emploi des caractères qu’il avait gravés. Il faudrait s’adresser à des gens du métier et en être soi-même pour expliquer, pour faire comprendre l’ordre tout spécial de difficultés qu’on eut à surmonter. Le tracé du double filet rouge qui sertit chaque page, l’obligation de réserver la place mathématiquement précise destinée aux ornemens dont le texte est embelli, la nécessité d’obtenir un registre irréprochable, c’est-à-dire de faire en sorte que chaque ligne du recto tombât exactement sur la ligne correspondante du verso, constituaient autant d’obstacles qui furent vaincus avec une habileté sans pareille ; M. Viel-Cazal resta trois ans sur la brèche, à la tête du petit bataillon qu’il commandait, et grâce auquel il a remporté une véritable victoire typographique. La correction m’a paru irréprochable. J’ai vainement cherché ces fautes fâcheuses qui semblent se