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I

Quand la féodalité arriva, chez nous à son plus complet développement, le roi exerçait le gouvernement dans le domaine, dont il avait la propriété directe et immédiate, comme dans le leur les grands feudataires. Quoique ceux-ci dussent au monarque foi et hommage, et fussent en certains cas justiciables de l’assemblée de leurs pairs, le roi, qui la présidait, n’était en réalité que le premier des barons de son royaume, en sorte que le domaine royal offrait sur une échelle un peu plus étendue la même organisation que les domaines des vassaux. Le roi et les grands feudataires avaient pour ministres les premiers officiers de leur maison. Considérant le pays qu’ils gouvernaient comme leur propriété privée, vivant de leurs revenus comme le faisait un simple seigneur, ne levant point d’impôts, mais percevant des redevances, des rentes, des cens, des fermages, ils subordonnaient à leurs besoins personnels ce que nous appelons aujourd’hui les services publics ; ils administraient les provinces comme un particulier exploite ses terres, commandaient aux populations comme un maître ou un patron commande à ses serviteurs. Ainsi les principaux domestiques du monarque et des grands feudataires cumulaient l’administration du domaine de leur maître et le service du palais où il habitait, les différentes branches de l’une n’étant que des dépendances de l’autre ; de même qu’ils statuaient sur les contestations entre gens placés sous leurs ordres, ils prononçaient sur les différends relatifs aux biens qu’ils géraient, aux besoins auxquels ils avaient à pourvoir ; ils faisaient la police des hommes exerçant une profession ou un emploi qui les plaçaient dans leur dépendance. Comme l’autorité du roi et des nobles avait par-dessus tout un caractère militaire, comme la guerre était la grande occupation de l’aristocratie féodale, que d’ailleurs à cette époque tout le monde y prenait part dans la classe des hommes libres, même souvent les évêques et les abbés, presque tous les officiers de la maison du prince étaient des guerriers qui suivaient celui-ci à l’armée. Seules, les fonctions qui exigeaient la connaissance des lettres étaient exercées par des dignitaires ecclésiastiques et pair des clercs. Ainsi à la cour des Carolingiens, dont Adalard, dans un écrit que l’archevêque Hincmar nous a conservé, expose l’organisation, on trouvait un ensemble d’officiers présentant le caractère que je viens d’indiquer. A leur tête se plaçait le chapelain (capellamus) ou apocrisiaire, qui était chargé de toutes les affaires ecclésiastiques, en même temps qu’il remplissait près du roi les fonctions de grand-aumônier. Il avait sous sa dépendance tous les clercs du