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l’armistice nous profite… Il n’est pas jusqu’aux élections qui ne puissent et doivent être mises à profit. Ce qu’il faut à la France, c’est une assemblée qui veuille la guerre et soit décidée à tout pour la soutenir… » Chose plus grave, le même jour M. Gambetta, prenant à son tour la parole, adressait aux préfets, au pays, une proclamation qui se terminait par ces mots : « aux armes ! » et où, au milieu de toute sorte de violences banales ou prétentieuses, il disait : On a signé à notre insu, sans nous avertir, sans nous consulter, un armistice dont nous n’avons connu que tardivement la coupable légèreté, qui livre aux troupes prussiennes les départemens occupés par nos soldats et qui nous impose l’obligation de rester trois semaines pour réunir en repos, dans les tristes circonstances où se trouve le pays, une assemblée nationale. Nous avons demandé des explications à Paris et gardé le silence, attendant pour vous parler l’arrivée promise d’un membre du gouvernement… Cependant personne ne vient de Paris, et il faut agir. Il faut, coûte que coûte, déjouer les perfides combinaisons des ennemis de la France… » Ce n’est pas tout : par une interprétation ou une application aussi étrange qu’arbitraire d’une des conditions de cet armistice qu’on ne connaissait encore que sommairement, sans attendre aucune explication, on se hâtait de promulguer un nouveau décret électoral frappant de « déchéance politique, » excluant de l’éligibilité à l’assemblée nationale des classes entières de Français, non-seulement les anciens ministres, sénateurs, conseillers d’état, préfets de l’empire, mais encore tous ceux qui depuis vingt ans avaient figuré dans les élections comme « candidats du gouvernement, candidats de l’administration, candidats officiels. » Décret électoral, circulaire, proclamation, tout cela éclatait à la fois le 31 janvier.

On aurait dit que M. Gambetta avait hâte d’exhaler ses griefs, de se faire une attitude, et il prenait en vérité bien son temps pour accabler ceux qui tombaient au loin. Il donnait à entendre qu’on lui avait laissé ignorer l’extrémité où était Paris ; s’il l’ignorait, c’est qu’il ne voulait rien savoir puisque depuis un mois le général Trochu, dans une communication précise adressée au général Chanzy, avait fixé le dernier terme de la résistance au 20 janvier, et il ne se trompait pas. M. Gambetta se plaignait de n’avoir pas été consulté sur les négociations, et il ne se demandait pas si on l’avait pu, si on avait eu le temps et les moyens de le consulter, si on n’avait point été pressé par l’implacable famine. Le « personnage annoncé de Paris, » comme il disait, se faisait attendre, n’arrivait pas, — et il n’avait pas même l’idée de se demander si les abords de Paris étaient aussi libres, aussi faciles que les environs de Bordeaux. M. Gambetta, lui, ne pouvait attendre, il avait besoin d’éclater sans perdre