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aux tsarines, à leurs fils les tsarévitchs et à leurs filles les tsarévnas aient précisément disparu. Dans ces édifices, c’étaient les étages supérieurs, presque les greniers, qui étaient réservés aux membres de la famille impériale ; les étages inférieurs étaient habités par les dames de la cour et les gens de service. Ce qui frappait d’abord dans un appartement russe, c’étaient les poêles colossaux, occupant du parquet aux lambris tout un angle de la chambre. Ils étaient revêtus, un peu comme aujourd’hui, de faïence verte ou bleue, agrémentée parfois de fleurs et d’oiseaux. Les murailles, les portes, le plancher et le plafond étaient également tendus de drap vert ou brun, plus ordinairement pourpre ou écarlate. Quelquefois on y appliquait des carrés d’une couleur différente afin d’obtenir une sorte de quadrillé ou d’échiquier. Le satin, le cuir doré, étaient aussi employés comme tentures. Enfin, — ce qui conduisait les Russes à nos papiers peints, — dès le XVIIe siècle, on tapissait les appartemens de toile blanche, sur laquelle on traçait des fleurs ou des veines de marbre. Un autre système de décoration, celui-là même que nous offre le Palais du Teremc’étaient les peintures murales. Nous avons des détails très précis par exemple sur l’ornementation des chambres habitées par Sophie, sœur de Pierre le Grand. Dans la première étaient représentées sur fond d’or la vie de Jésus-Christ et toutes les péripéties de sa passion, depuis le baiser de Judas et le couronnement d’épines jusqu’au crucifiement. Dans la seconde pièce, entre autres sujets bibliques, on voyait David à genoux sur son lit et s’écriant : « Seigneur, j’ai mouillé ma couche de mes larmes ! » Les versets des livres saints couraient à travers les icônes. Celui-ci convenait bien à la décoration d’une chambre de jeune fille : « une âme pure est comme une vierge parée de fleurs : elle est placée plus haut que le soleil, et a la lune sous ses pieds ; » il s’appliquait assez bien aussi à l’énergique et ambitieuse vierge qui tint un moment en échec la fortune de Pierre Ier. Ces versets n’étaient pas toujours en langue slavonne ; les rapports plus fréquens avec les Polonais et les Allemands avaient mis à la mode les textes latins et tudesques. Dans un des angles de la première chambre était fixée l’image domestique devant laquelle brûlait perpétuellement une lampe d’or ou de cristal, et à laquelle devaient s’adresser d’abord les génuflexions des visiteurs.

L’aspect d’un appartement ainsi orné rappelait beaucoup celui d’une chapelle orthodoxe. Partout dominait l’éclat de l’or, répandu à profusion, et celui des couleurs qui se heurtaient en contrastes violens. Toutefois les peintures d’appartemens, même dans les sujets religieux, se distinguaient de celles des églises par une certaine émancipation des entraves hiératiques : elles étaient plus vivantes, plus humaines ; on sentait qu’un souffle de la renaissance