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d’Espagne à Florence. M. Zorrilla, dit-on, s’attendrit aussi ; mais à cette heure il n’était plus maître des événemens.

Peu après, comme le roi résistait encore, il se joua dans le sein du congrès un drame dont les incidens avaient été habilement combinés et les principaux rôles distribués d’avance. Parmi les acteurs, les uns étaient dans le secret, les autres n’en savaient que la moitié, et on ne pouvait s’en douter, tant les habiles parurent naïfs, tant les naïfs parurent habiles. Le ministère fut interpellé au sujet de l’affaire Hidalgo. Il répondit fièrement qu’il ferait respecter le principe d’autorité, que, plutôt que de se déjuger, il accepterait toutes les démissions qui lui étaient offertes. Il ajoutait, pour rassurer le pays, qu’il avait en main les moyens de réorganiser démocratiquement l’artillerie en cherchant des officiers parmi les sergens, — mesure malheureuse dont l’Espagne sent aujourd’hui les conséquences : elle a des canons de siège, et personne pour les pointer. Une majorité imposante, composée de radicaux et de républicains, émit un vote de confiance pour le ministère, qui était un vote de défiance pour le roi. Le 16 novembre 1871, 191 voix l’avaient proclamé roi d’Espagne ; le 11 février 1873, 191 voix le mettaient en demeure ou de faire acte de pénitence ou de se retirer. C’était lui demander de choisir entre sa fierté et sa couronne ; on était certain de sa réponse.

Le soir de ce même jour, ses ministres réclamèrent sa signature pour les décrets qui donnaient leur congé aux officiers d’artillerie. Le roi demanda un répit ; il ajourna le conseil au lendemain, à trois heures de l’après-midi. Le ministère, qui venait de faire trancher la question par un vote du congrès, voulut la résoudre définitivement par un commencement d’exécution : il ordonna aux chefs d’escadron et aux officiers qu’ils eussent à lui remettre leurs hommes et leurs pièces dès dix heures du matin. « C’était, comme l’a remarqué M. Valera, anticiper sur la décision du roi, se jouer de sa prérogative, le traiter comme une marionnette dont on tient les fils dans sa main. » Quelques chefs importans du parti conservateur lui offrirent à cette heure suprême leurs services, ils l’engagèrent à livrer enfin cette bataille des rues à laquelle on le provoquait. Les officiers d’artillerie n’attendaient qu’un signal ; ils ne se dessaisirent de leurs pièces que vers le soir, après s’être assurés que le roi refusait le combat. « Dans l’alternative où on le plaçait, a dit encore M. Valera, il devait opter entre trois choses, ou faire vœu d’être éternellement, radical, ou se battre, ou abdiquer. » Il avait assez de l’humble métier de roi radical et des sacrifices qu’on demandait à sa dignité. Quant à se battre, son courage était de taille à se mesurer avec tous les dangers ; mais, s’il avait consenti à être roi malgré lui, il s’était juré de