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Montpensier. Vous le voyez, messieurs les députés, sa grâce a beaucoup de mérite, mais elle ne plaît point à ces messieurs. »

Le cas devenait embarrassant, et l’inquiétude commençait à gagner le général, quand il lui vint une idée, — ou plutôt on la lui donna. Cette idée, l’une des plus fatales qui soient entrées dans la tête d’un homme, devait coûter à la France des provinces et des milliards. On a prétendu que le général Prim n’avait jamais pardonné à l’empereur Napoléon III de lui avoir refusé la couronne du Mexique, qu’il roulait depuis longtemps de sinistres projets de vengeance, qu’il attendait une occasion, qu’il la trouva, et que le prince Léopold de Hohenzollern fut sa bombe Orsini. Les romans noirs sont aussi trompeurs que les romans roses. Les ennemis du comte de Reus ont réprouvé comme ses amis de telles suppositions. Il n’a pas inventé de gaité de cœur la fatale candidature qui eut des conséquences à jamais déplorables ; — il y a recouru comme à une dernière ressource, après avoir essayé d’autre chose, après avoir éprouvé des échecs qui lui créaient une situation aussi ridicule que difficile. L’Espagne savait que depuis des mois ses courriers galopaient sur toutes les grandes routes pour lui chercher et lui ramener un roi, ils trouvaient partout porte close ; son orgueil commençait à s’émouvoir, elle s’en prenait à son gouvernement des refus de l’Europe. En revanche, les républicains triomphaient ; ils se flattaient que le trône demeurerait éternellement vacant, que bon gré mal gré la république s’imposerait. Grossissant leur voix, ils redoublaient d’activité dans leur propagande, qui agitait la Catalogne et les provinces du midi. Il fallait à tout prix sortir de ce provisoire énervant et dissolvant.

Au surplus, loin de nourrir des intentions hostiles pour le cabinet des Tuileries, le général Prim s’était montré dès le début désireux de s’entendre avec lui, attentif à le consulter. Sans doute il s’inspirait avant tout de son intérêt personnel ; il voulait ceindre du diadème de Charles-Quint un front docile et soumis. Ce nouveau maire du palais ne pouvait s’accommoder que d’un roi d’humeur complaisante, qui fût à sa discrétion, il entendait régner à son ombre ; mais il sentait en même temps que l’assentiment de son puissant voisin lui était nécessaire, et il tenait à établir en Espagne un régime que la France pût approuver. La principale de ses difficultés était que rien de ce qu’il proposait à Paris n’y était agréé. La révolution de septembre avait été un événement déplaisant pour la cour des Tuileries, qui venait de former avec la reine Isabelle une liaison assez intime, dont elle se promettait d’heureux résultats. Aucune candidature ne pouvait obtenir son aveu. Un roi d’Espagne italien aurait servi de thème aux récriminations du corps législatif, qui déjà