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précis et curieux. Les tableaux des diverses allures du cheval forment une série naturelle dont le premier terme est l’amble. Dans l’amble, les mouvemens de l’avant-main et de l’arrière-main sont concordans : les deux membres d’un même côté frappent le sol au même instant, et l’oreille n’entend que deux battues à chaque pas [1]. A partir de l’amble, le passage de chaque allure régulière à la suivante consiste dans une anticipation de l’action des membres postérieurs : le bipède de derrière avance de plus en plus sur le bipède de devant. C’est d’ailleurs ainsi que se fait la transition lorsque le cheval passe du pas au trot. La transition du trot au galop est plus compliquée, mais cependant facile à définir : dans le trot, le sol est battu tour à tour par les deux bipèdes diagonaux; dans le galop à trois temps, un bipède diagonal reste uni, l’autre se dédouble. L’allure de course est un galop à quatre temps où les battues du bipède diagonal sont légèrement désunies. — En s’appropriant ces résultats et en étudiant les tableaux qui les expriment, les artistes éviteront les attitudes fausses qui rendent parfois si invraisemblables les chevaux représentés par eux.

Après avoir analysé un phénomène compliqué, ainsi qu’on démonte un rouage, il est bon d’essayer de le reproduire par la synthèse dans des conditions artificielles; c’est une contre-épreuve pour la théorie qu’on a formulée, et une démonstration ad oculos. Voici comment cette reproduction des allures de l’homme et du cheval a été obtenue. L’instrument connu sous le nom de zootrope fait défiler devant l’œil une série d’images figurant un être animé dans les diverses attitudes qui correspondent aux phases successives d’un même mouvement, et la rapidité avec laquelle ces images se succèdent produit l’illusion d’un être vivant. C’est par ce moyen que M. Mathias Duval, professeur à l’École des Beaux-Arts, a essayé de reproduire avec précision les allures des bipèdes et des quadrupèdes, chaque pas étant représenté par une suite de seize positions ou phases dessinées avec soin.

Si ces recherches n’ont pas encore résolu tous les problèmes que soulève la théorie de la locomotion terrestre, elles ont cependant porté la lumière sur plus d’un point obscur. Elles méritent d’être encouragées, ne fût-ce qu’en vue des conséquences pratiques que l’on peut s’en promettre. Si l’on savait d’une manière précise dans quelles conditions s’obtient le maximum de vitesse ou de travail d’un être vivant, on éviterait bien des tâtonnemens, et l’on gaspillerait moins de force en efforts stériles. On saurait à quelle allure un animal fournit le meilleur service, soit qu’on lui demande la vitesse, soit qu’il traîne un fardeau; on

  1. M. Marey appelle pas la série de mouvemens compris entre deux positions semblables d’un même pied, c’est-à-dire l’ensemble de deux pas d’après la manière de compter ordinaire. Cette innovation très rationnelle assimile le pas aux mouvemens ondulatoires.