Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 107.djvu/452

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


céder aux exigences des meneurs de grève. Forts de cet avantage, ils se sont engagés en commun à fermer leurs ateliers à tout ouvrier gréviste. Le Messager reconnaît qu’il n’y a pas moyen de lutter Contre plus fort que soi; il conseille donc de renoncer à la grève, mais de faire le vide autour du patron récalcitrant. Les ouvriers de Celui-ci recevront, par les moyens dont dispose l’association, des l’enseignemens sur toutes les places vacantes dans les diverses fabriques; puis la désertion commencera avec l’aide de la Caisse de secours pour les voyages, les célibataires partiront les premiers, ensuite les hommes mariés, et la maison sera évacuée sans grève. Comme les ouvriers en Allemagne sont plus nomades que partout ailleurs, ce singulier procédé est plus praticable et plus pratiqué qu’on ne le croirait. Bien entendu, le Messager rougit de recourir à de pareils expédiens. Il déclare net que l’association des travailleurs est le meilleur moyen non de réformer, mais de détruire la société actuelle : « elle est la condition sine qua non de la fondation et du maintien de l’état social et démocratique de l’avenir. »

Une place à part revient à l’Association, organe de la Ligue des associations ouvrières, de MM. Hirsch et Dunker. Tous deux sont des socialistes de la chaire qui n’ont point voulu se contenter de la théorie. Disciples de M. Schulze-Delitsch, ils ont transformé ses sociétés (Genossenchaften), qui ne profitent guère qu’à la petite bourgeoisie, en associations (Gewerkvereine) analogues aux trades-unions d’Angleterre. Treize furent fondées dans l’espace de deux ans (1868-1869), et, rattachées par un lien commun, formèrent la ligue des associations allemandes. Le pouvoir législatif réside dans l’assemblée générale, le pouvoir exécutif dans le conseil central; mais, pour donner à la direction la force qui vient de l’unité, un des membres du conseil reçoit un titre et des attributions spéciales : c’est l’avocat de la ligue (Verbands-Anwalt.) Celui-ci est rédacteur en chef du journal; chargé de la propagande, il doit se transporter partout où sa présence est jugée nécessaire. Il ne s’agit donc plus ici d’un journal rédigé par des ouvriers, car M. Hirsch, aujourd’hui avocat de la ligue, est docteur et légiste : l’Association est une sorte de moniteur de la réforme sociale, qui se fait auprès des classes élevées l’interprète des vœux de la classe laborieuse. C’est un très beau rôle, mais on apprécie sévèrement en Allemagne la manière dont il est rempli. Les patrons reprochent à la ligue d’encourager ou de faire naître étourdiment des grèves, comme celle qui éclata parmi les mineurs à Waldenburg, en Silésie, au moment même où M. le docteur Hirsch venait d’y fonder une association. La grève finit mal pour les ouvriers. Le conseil central eut beau s’interposer comme médiateur, et l’avocat multiplier ses voyages à Waldenburg, puis faire appel aux souscriptions publiques,