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cours, pour ne lui faire porter que de bons fruits. Le discours est l’instrument précieux dont il se servira pour vivifier, sans les exalter, les imaginations encore toutes fraîches confiées à sa sollicitude, pour graver dans l’esprit des jeunes gens les maximes éprouvées de la religion, de la philosophie et de la politique; il ne lui sera jamais un prétexte d’agrandir une classe trop étroite en y introduisant les querelles et les passions du jour et d’éblouir ses élèves de considérations sublimes en jouant devant eux l’homme d’état au petit pied.

Nous convenons encore d’une chose avec les adversaires du discours, c’est que même l’instituteur accompli, dont nous venons de tracer le portrait, ne préserverait pas ses élèves des habitudes fâcheuses que leur peut inculquer l’exercice du discours écrit, si ceux-ci arrivaient en rhétorique, n’ayant encore fait provision, dans leurs études antérieures, que de mots, de tropes et de tours de phrase. On feint qu’il en est ainsi; nous n’acceptons pas la fiction. L’instruction scolaire a présenté longtemps le défaut d’être exclusivement littéraire et de ne rouler que sur des formes et des abstractions; mais c’est à une époque bien antérieure à la nôtre. Telle était l’instruction que donnaient les grammairiens et les rhéteurs à Rome dans l’âge des césars, telle est celle qu’on recevait en France, au dernier siècle, dans la plupart des collèges en renom, telle n’est plus, quoi qu’on en dise, l’instruction d’aujourd’hui. Contre le culte absolu de la pure rhétorique, les récriminations ont toujours été, à bon droit, énergiques et violentes; on en retrouverait le premier retentissement chez les satiriques latins. De nos jours, après avoir peint en relief minutieux le caractère oratoire de notre littérature dramatique du XVIIe siècle et l’avoir bien exagéré, après avoir rappelé que le XVIIIe siècle fut élevé avec cette littérature, un écrivain de grand esprit a soutenu sur le ton d’un axiome que Racine et Corneille aboutissaient nécessairement à Robespierre. Quand il parlait ainsi, M. Taine prêtait une forme paradoxale à la constatation d’un phénomène intellectuel indéniable. Il n’avait pas tort au fond de croire que notre littérature classique du XVIIe siècle, quels qu’en soient les mérites éminens, a pu engendrer, par une exaltation inconsciente aussi bien que par une dépravation insensible d’elle-même, les principaux types de l’époque révolutionnaire, le girondin, le jacobin, le montagnard, le babouviste, le militaire à proclamations. Le jacobin surtout pourrait être défini, en bonne histoire naturelle, un animal classique; nous le disons en bien comme en mal. Nul doute que si l’instruction secondaire était restée chez nous purement et simplement ce qu’elle était il y a cent ans, si la forme d’esprit toute littéraire et, bien souvent, puérilement littéraire, qui