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ÉCRIVAINS CONTEMPORAINS

LA FANTAISIE ET l’IMAGINATION DANS LA CRITIQUE.

I. La Légende de Versailles, par M. Blaze de Bury, 1872. — II. Les Maîtresses de Goethe, 1873. — III. Musiciens contemporains, nouvelle édition.

La distinction des genres, quoiqu’elle repose sur la nature même de l’art, n’est pas une loi inflexible : sous la main d’un artiste qui ne travaille pas au hasard, elle se prête aux combinaisons les plus diverses et devient une source de rénovation. Un peintre de paysage changera en tableaux d’histoire tous les sites qu’il reproduit, à la condition de choisir une scène conforme aux personnages, aux grands faits, aux batailles qu’il veut représenter. Il en est de même dans les lettres. Avec de l’imagination et de la fantaisie, on peut sans doute faire de mauvaise critique, si l’on porte dans ce domaine certaines habitudes prises dans le métier des vers, telles que le besoin de parure ou le désir de surprendre par les images ; ainsi l’on arrive à jeter sur le sujet le plus pauvre le vêtement d’un style brillant et à perdre le sentiment de la proportion. Ce n’est plus là ni de la poésie, ni de la critique, ni même du bon sens, et il eût été plus sage de s’abstenir d’un tel mélange; mais lorsqu’un écrivain pourvu de ces dons choisit un terrain où ils se développent à l’aise, il apporte à l’étude des œuvres littéraires une vivacité de sentiment qui la rajeunit, il concilie deux genres différens et enrichit l’un des ressources de l’autre.

L’imagination n’est pas toujours la folle du logis : la fantaisie tient l’esprit en éveil; elle fait sortir au besoin de l’ornière et ouvre des chemins nouveaux. Ce serait un catalogue curieux à dresser que celui des opinions toutes faites en littérature; on verrait qu’il en