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— C’est doña Quirina Vargas.

— Elle est splendide; quelles épaules et quels bras! Serait-ce perdre son temps que d’aller soupirer à ses pieds ?

— Je crois que celui qui l’essaierait serait très mal accueilli.

— Une vertu, diable ! D’ordinaire la vertu ne se loge pas si bien. Et cette vive personne qui secoue la tête en parlant, et dont l’éventail bat l’air avec la grâce et la vivacité d’une aile d’oiseau, qui est-elle?

— doña Paulina Miranda.

— Elle rit trop haut. Jésus! comme disent vos jolies compatriotes, si elle piaffe encore une fois, ses cheveux vont se dénouer et nous révéler les secrets du coiffeur.

— Si les cheveux de doña Paulina se dénouent, don Alberto, ce qui n’est pas impossible, elle en sera enveloppée tout entière. Nos femmes ne connaissent ni les fausses nattes, ni le fard, ni les fausses dents.

— Je vous en fais mon compliment... Cette doña Quirina, en dépit de son nom, est véritablement splendide; présentez-moi donc.

Et la belle Quirina, distraite, préoccupée, s’inclina en entendant nommer le señor don Alberto de Vieilleville, second secrétaire de la légation française, débarqué au Mexique par le même steamer qui avait amené la señorita Wilson.

Critiquant, blâmant, se moquant, vantant son pays à tout propos, sans paraître se douter que ses remarques pussent blesser ses auditeurs, le jeune Français se montrait à tous les coins du salon, se rapprochant de temps à autre de la cantatrice.

— Vous amusez-vous? lui demanda celle-ci à voix basse.

— Mais oui, les Mexicains ont des coutumes très originales; je viens de boire un verre de Champagne dans lequel une femme jaune avait trempé ses lèvres, et je n’ai été que poli. Toutes les filles d’Eve ont grand air dans ce singulier pays, et des pieds, des mains, des yeux, des dents, des épaules, des bras...

— Stop! dit en riant l’Américaine.

— C’est ce que j’allais faire, señora, après avoir ajouté le mot : ravissans.

— Elles ont toutes le même type.

— C’est vrai; mais il est si réussi! A votre tour que pensez-vous des graves hidalgos, dont les regards ne vous quittent pas?

— A peu près ce que vous pensez de leurs femmes. Avez-vous étudié don Luis Certes? Je suis certaine qu’une armure siérait à ce beau cavalier, qui à mon avis doit ressembler à son grand ancêtre. Comment n’est-il pas ici?

Celui dont il était question pénétrait en ce moment dans la salle de bal; sa femme, la tête couverte d’une mantille de dentelle